Les Cauchemars du Docteur

Une porte qui grince… un souffle glacé sur votre nuque… êtes-vous certain de vouloir vous aventurer dans cet Artisons ? En tout cas, vous voilà prévenus, Whovians. Au delà de ces lignes, perdez tout espoir d’échapper à vos cauchemars.

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Bab El (fanart)

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Béa Leleu (fanart)

CALLIGAWHO

Calligawho

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Flavien Lenfant (texte)

Au fond du trou.

L’homme se réveilla. Il ne savait plus bien qui il était. Il essaya de se relever, mais à sa grande surprise, il n’arrivait pas à bouger. Difficilement, il levait la tête pour tenter d’apercevoir dans quelle posture il avait encore réussi à se fourrer. Il était vraisemblablement dans un très grand puits, attaché par de très grosses chaînes. Il se mit à hurler, à hurler toujours plus fort. Mais rien. Rien. Vraiment rien, ne serait-ce que l’écho de sa propre voix. Rien ? Peut-être pas rien, car plus il criait et plus les chaînes se serraient toujours plus le long de son corps. Elles lui lacéraient à présent le corps, qui lui semblait en feu. Alors, il se tut. Il décida de réfléchir à la situation plutôt que de l’aggraver. Il se rappela les dernières actions et les derniers événements qui avaient pu le pousser dans cette situation fort peu confortable. Il se souvint fort facilement qu’il était à bord de son TARDIS, et qu’il avait décidé de visiter la nouvelle destination que son véhicule lui avait offert. Il lui semblait bien qu’il avait rencontré son ennemi de toujours. Ou son ami ? Il ne savait plus, un homme à deux visages, tantôt ami, tantôt ennemi mais toujours là, toujours présent, toujours à lui jouer de sale tours. Il pleurait alors. Les larmes coulaient le long de son corps et tombaient sur les chaînes qui au contact du liquide se mirent à fondre. A fondre ? Enfin libre ? Non ! Elles ne fondaient pas ! Elles mutaient ! Elles devinrent plus piquantes, brûlantes. Oui, les chaînes devinrent acide. Cet acide coulait du métal et pénétraient dans les plaies déjà présentes. Le TimeLord sentait bien que les plaies devenaient toujours plus grandes, plus douloureuses. Il sentait la mort venir. Tout son corps allait disparaître. Il n’y avait que peu de chances qu’il puisse régénérer si son corps lui même venait à disparaître ! Devant tant de désespoir, de souffrance, il ne put que faire la constatation que c’était un ami qui l’avait mis dans un tel embarras et qui allait mener à sa mort. Il se mit à rire, à rire, et à rire toujours plus fort ! Son les éclats de rire, les chaînes mutèrent encore, elles riaient elles aussi, par secousse, elles étaient bruyantes dans leur rire, elles se changèrent en un amas de serpents, qui sifflaient et riaient. C’est ainsi que le TimeLord perdit la vie, sans même se souvenir de son identité, percé de plaies, suffoquant, et étouffant.

Et…

Et…

Et… C’est comme alors qu’il se réveilla. Il faisait souvent des rêves de la sorte. Le Maître essuya alors la sueur qui coulait à grosses gouttes sur son front. Décidément, le Docteur était impitoyable avec lui, et même dans ses rêves, il ne lui accordait aucun répit…

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Florent Fayolle (fanarts)

Nightmare-of-Barbara

Le cauchemar de Barbara (petite explication-spoiler : A la fin de l’arc « the Reign of Terror » (qui se déroule en 1794, comme l’atteste la scène de l’arrestation de Maximilien de Robespierre), Ian et Barbara espionnent dans une auberge parisienne Paul Barras et Napoléon Bonaparte, complotant déjà la prise de pouvoir par Napoléon. Or, à cette époque, le jeune Napoléon Bonaparte, du fait de son amitié avec Augustin de Robespierre, frère de Maximilien, était fortement soupçonné de robespierrisme, ce qui lui valut d’être incarcéré au Fort Carré d’Antibes. Une telle erreur n’a put que hanter les cauchemars de la professeur d’Histoire qu’est Barbara Wright !)

Nightmare-of-the-Sontaran

Le cauchemar du Sontarien

Nightmare-of-Davros

Le cauchemar de Davros

Nightmare-of-Six

Le cauchemar de Six

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Johannes (fanarts)

Nightmare-2

Le rêve de Charley

Nightmare-1

Le rêve de Eight

Nightmare-3

Le rêve de C’rizz

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Laureline (bonhommes bâton)

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Le cauchemar du Docteur

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Le cauchemar de Koschei

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Lise Hamaide (fanarts)

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Marie Valerio (texte)

La planète fantôme

La console du TARDIS commençait à s’agiter. Le module que contenait la colonne centrale se mit à monter et descendre, lentement d’abord, puis de plus en plus en vite, émettant un sifflement familier qui ne pouvait signifier qu’une chose : le Docteur et ses compagnons s’apprêtaient à atterrir sur une nouvelle planète.

Le jeune Écossais fut le premier à répondre à l’appel de l’inconnu. Enfilant sa veste, il s’apprêtait à franchir la porte du vaisseau quand la voix d’une jeune femme le sermonna :

-Attends Jamie ! Cesse de toujours te précipiter sans réfléchir ! Tu ne sais même pas si l’air est respirable dehors.

-Qu’est-ce que tu racontes ? » bougonna Jamie. « L’air est presque toujours respirrrrable là où le TARDIS se pose.»

« Il est très dangereux de sortir sans connaître l’environnement dans lequel on s’engage. » affirma Zoé d’un ton docte. « Jetons d’abord un coup d’œil au scanner. »

Elle leva les yeux sur le petit écran qui surmontait la console du vaisseau, mais celui-ci demeurait noir comme le fin fond du cosmos.

« C’est étrange, on ne voit rien. »

« Et alors ? Nous sommes arrrrivés au beau milieu de la nuit, voilà tout. » fit Jamie en haussant les épaules.

« Mais regarde les coordonnées qui apparaissent sur l’écran. C’est absurde ! Il n’y a rien à cet endroit de la galaxie, strictement rien.»

« C’est impossible, on ne peut pas s’être posés au milieu de nulle part. »

« Je pense tout de même que l’on ne devrait pas s’aventurer dehors avant d’en avoir parlé au Docteur. À propos, où est-il ? »

À cet instant, un cri lointain leur parvint :

« Jamie, Zoé ! Qu’attendez vous ? Venez vite, nous avons une planète à explorer ! »

Derrière eux, la porte du TARDIS était grande ouverte, le Docteur leur faisant signe de le rejoindre au plus vite à l’extérieur.

*****

Un parfum de mort et une brume funeste les accueillirent sur cette planète inconnue donc le sol s’affaissait sous leur pieds tel de la glaise. L’obscurité la plus totale les entourait et l’unique son qui venait rompre le silence écrasant qui pesait sur eux était le bruit de leurs propres pas.

« Eh bien » bredouilla le Docteur « Voilà une atmosphère peu engageante. »

« Je n’aime pas ça » fit Zoé qui le suivait à la trace.

« Tiens donc, tu aurais la frrrrousse ? » l’interrogea Jamie d’un ton taquin.

« Bien sûr que non.» rétorqua la jeune fille, piquée au vif «Je pense simplement que… »

« Silence ! » l’interrompit le Docteur. « Vous entendez ? »

Dans la brume lointaine résonnait ce qui semblait être un cri étouffé, le hurlement d’une bête féroce et potentiellement morte de faim.

« Je ne suis pas sûr de vouloir rencontrrrrer le monstre qui pousse ce genre de cri. »

« Ah, qui a la frousse maintenant ? Rassure toi Jamie, je doute que la vie puisse exister sur une planète aussi peu fertile. Ce que nous avons entendu est probablement un orage qui se prépare. »

« Je n’en suis pas si sûr, Zoé. » répliqua le Docteur. « Cette planète peut au premier abord sembler trop hostile pour accueillir une quelconque forme de vie mais il n’en a peut être pas toujours été ainsi. Suivez-moi, nous allons essayer d’identifier l’origine de ces cris. »

À tâtons, les trois voyageurs commencèrent à tracer leur chemin en direction des hurlements. Leurs yeux s’habituaient petit à petit à l’obscurité, tandis que le sol se faisait de plus en plus compact sous leur pas, révélant une étroite route de pierre. Bientôt, à travers la brume, ils commencèrent à voir émerger des formes rondes et imposantes qui se révélèrent être de gargantuesques globes d’argile.

Le Docteur examina l’une des structures :

« Des habitations. » affirma-t-il. « Ou devrais-je dire des ruines. Nous avons débarqué dans une ville fantôme. »

« Quelle étrange architecture. » s’étonna Zoé.

Elle toucha l’un des globes de la paumes de sa main. À sa grande surprise, leur surface était froide et métallique.

« La question est : qu’est-il arrivé aux habitants ? » s’interrogea le Docteur, pensant tout haut.

« Hum, Docteurrrr ? Vous entendez ce que j’entends ?

« Effectivement Jamie, les cris ont cessé. »

« Non, ce n’est pas ça. C’est autre chose…ce sont des voix ! Des voix humaines ! »

« Dieu du ciel Jamie, tu as raison ! Il y a des habitants dans ces ruines ! Et ils sont peut-être en danger ! »

Aussitôt, le Docteur et Jamie s’élancèrent à la rencontre des mystérieuses voix, arrachant Zoé à sa contemplation des étranges bâtiments qui les entouraient.

« Docteur ! Jamie ! Attendez-moi ! »

Elle se lança immédiatement à leur poursuite mais dans son élan, son pied heurta un objet dissimulé dans la brume, la faisant chuter lourdement. Haletante, la jeune femme se redressa avec peine.

« Docteur ? Jamie ? Où êtes vous ? »

Ignorant dans quelle direction ils étaient partis, elle tenta de se repérer aux milieux des innombrables orbes d’argile, tous semblables. Tandis qu’elle poursuivait son chemin, il lui sembla que les ténèbres s’épaississaient autour d’elle. Peut être était-ce dû à l’intrigante présence qu’elle sentait dans son dos. À moins que ce ne soit ce léger râle qui remontait jusqu’à ses oreilles tel un gémissement.

« Tout va bien Zoé. » se rassura-t-elle a mi-voix. « Ne commence pas à te laisser influencer par ce genre de pensées irrationnelles. Tu l’as dit toi-même, il est parfaitement impossible de trouver de la vie sur cette planète. Alors garde ton calme. »

Mais s’il n’y avait pas la moindre trace de vie sur cette planète, qui donc avait construit ces bâtiments ?

Zoé fit volte-face. Face à elle, une gigantesque créature avançait. Son corps était recouvert d’écailles noires et luisantes, ses mains ornées de menaçantes griffes, ses yeux, deux braises rouges luisant dans les ténèbres. C’était de sa bouche que s’échappait la plainte rauque qui poursuivait Zoé, de sa bouche béante bordées de deux impressionnantes rangées de dents.

Zoé ouvrit la bouche pour hurler, mais le cri resta terré dans ses poumons.

*****

« Regardez Docteurrrr ! Les voilà ! »

En plein cœur de la ville fantôme, une demi-douzaine d’hommes en uniformes blancs se pressaient. Leurs visages étaient dissimulés par des casques à visière opaque d’où s’échappaient des voix métalliques. Tous étaient lourdement armés. Presque tous arboraient des traces de sang.

« Vous êtes sûrs qu’il n’en reste plus un seul ? »

« Il me semble en avoir aperçu un dans le quartier ouest, commandant. »

Comme pour appuyer ces propos, un nouveau rugissement se fit entendre au loin. Dissimulés derrière les ruines d’une ancienne façade, Jamie et le Docteur observaient la scène à la dérobée.

« Qui sont ces hommes Docteurrrr ? Des militairrrres ? »

« Vraisemblablement. Et quelle que soit la créature qui les a mis dans cet état, il semblerait qu’elle soit proche. Restez sur vos gardes vous deux…tiens, où est Zoé ? »

« Ils ont l’air en mauvaise posturrre, on devrait aller les aider. »

« Attends Jamie, ne t’approche pas… »

Mais le jeune homme s’était déjà avancé, interpellant les combattants d’un signe de la main.

« Oy ! Excusez-moi, nous sommes… »

« Jamie, non ! »

Sous les cris alarmés du Docteur, l’un des hommes pointa son arme vers Jamie. Et fit feu.

*****

Zoé était formée au combat à mains nues. Elle n’aurait jamais usé de violence contre un innocent mais savait parfaitement comment maîtriser un ennemi en cas d’agression inopinée. Elle aurait aisément pu, d’un coup de pied bien placé, faire vaciller la créature monstrueuse qui fonçait droit sur elle avant de la mettre au tapis à l’aide d’une prise de son cru. Mais une terreur irrépressible l’empêchait de faire le moindre mouvement. Paralysée, elle vit la gueule de l’extra-terrestre se rapprocher de son visage, attendit de sentir ses crocs se refermer sur son cou, mais la morsure ne vint pas. Au lieu de cela, la bête la traversa.

La jeune fille se retourna, constatant hébétée que la créature poursuivait lentement son chemin après être passé à travers elle comme si de rien n’était. Sa démarche était chancelante, comme si chaque nouveau pas lui demandait un effort incommensurable. Sa longue queue hérissée d’écailles qui traînait sur le sol avait été tranchée et dessinait sur ses traces une longue traînée de sang.

« Le pauvre, il ne me voulait aucun mal. » se dit-elle « Il est gravement blessé. »

Zoé tenta de l’arrêter, tendant une main vers son dos, mais une fois de plus ses doigts ne rencontrèrent que le vide. Comme si cette étonnante apparition ne se trouvait pas vraiment devant elle, bien qu’elle puisse la voir se dresser de toute sa hauteur sous ses yeux. Face à ce phénomène, même l’intelligence supérieure de la jeune fille se retrouvait déboussolée.

« Il se passe des choses plus qu’étranges sur cette planète. » songea-t-elle. « Je dois retrouver le Docteur et Jamie au plus vite. »

Elle se remit en route mais les rues de la ville déserte se ressemblant décidément toutes, elle aurait été bien en peine de déterminer si elle se trouvait dans la bonne direction. Soudain, son pied vient heurter un mystérieux objet qui semblait figé dans le sol.

« Encore ? » s’exclama-t-elle avec lassitude.

Comprenant qu’elle était revenue sur ses pas, Zoé se baissa pour examiner à tâtons ce qui l’avait fait trébucher dans sa course. Par sa forme oblongue, elle en déduisit qu’il s’agissait d’un levier.

*****

Un laser brillant s’échappa du fusil de l’homme en blanc pour s’élancer en trombe vers Jamie. Ce dernier eut à peine le temps de cligner des yeux avant que le tir sans sommation le transperce, ou plutôt le traverse de part en part, sans causer le moindre dommage. Au lieu de cela, le faisceau de lumière vint heurter le bâtiment qui se trouvait dans son dos, provoquant l’effondrement de sa façade.

Jamie lança un regard stupéfait au Docteur, tandis que le responsable de l’assaut se faisait vivement réprimander :

« Soldat ! Cesser de tirer dans le vide, nos munitions sont précieuses. »

« Pardonnez-moi commandant, mais je suis persuadé d’avoir vu quelque chose bouger. »

« Stupéfiant… » murmura le Docteur.

Jamie de son côté était moins stupéfait qu’offensé par l’assaut qu’il venait de subir.

« Vous allez voir ce qu’il en coûte de s’attaquer à un McCrimmon ! Creag an tuire ! »

« Attends Jamie ! » s’exclama le Docteur sortant de sa cachette. « Cela ne sert à rien, ils ne peuvent pas nous voir, encore moins nous entendre. »

Jamie s’arrêta net, son poing levé demeurant figé dans les airs.

« Comment cela ? Il ne peuvent pas nous voirrrr ? »

Pour prouver ses dires, le Docteur se planta devant l’un des soldats et, avec le plus grand sérieux, commença à lui tirer la langue et lui adressa toute sorte de grimaces. L’homme poursuivit son chemin sans un regard.

« Là, je ne comprends plus rien… » maugréa Jamie en passant vainement sa main devant le casque du commandant qui l’ignora royalement.

« Je crois que je commence à comprendre, pour ma part. Viens Jamie, nous devons retrouver Zoé avant que… »

La phrase du Docteur devait rester en suspens, alors qu’autour d’eux la ville s’évanouissait dans la brume. Les soldats eux mêmes devinrent progressivement flous, s’estompant petit à petit pour laisser place à ce qui semblait être une immense salle de contrôle. Autour d’eux, des machines rutilantes aux tableaux de bords constellés de cadrans et d’interrupteurs multicolores côtoyaient des enchevêtrements de tubes fluorescents et de pistons en tout genre. Aucun doute, ils se trouvaient dans un vaisseau spatial. Dans un coin de la pièce, le TARDIS les attendait comme s’il ne les avait jamais quittés.

Face à eux, accroupie sur le sol se tenait une silhouette familière.

« Zoé ! » s’exclama le Docteur. « Tout va bien ? »

« Je…je ne sais pas. » bafouilla-t-elle, confuse. « J’ai simplement baissé ce levier et tout autour de moi s’est mis à… »

« Où sommes nous Docteurrrr ? Où est passé la ville ? »

« Je crois que c’est à lui qu’il faudrait poser cette question. » déclara le Docteur en désignant d’un geste le fond de la salle.

Jamie et Zoé découvrirent alors avec stupeur le capitaine du vaisseau : semblable à la créature que Zoé avait croisé dans les ruines de la ville fantôme, sa peau était noire et luisante, ses immenses pattes munies de griffes aiguisées. Il flottait paisiblement dans ce qui ressemblait à un gigantesque bocal de formol, un long tube relié à sa poitrine semblant fournir son alimentation tandis que de petits capteurs parsemaient le sommet de son crâne.

« Qu’est-ce que c’est que ce monstrrrre ? »

« J’ai croisé un de ses congénères quand nous étions séparés. J’ai cru qu’il allait s’en prendre à moi mais au lieu de ça, il…eh bien, il m’est passé au travers. »

« Cela n’a rien d’étonnant Zoé. La créature que tu a croisé n’était pas réelle. Tout ce que nous avons cru voir était une illusion. La planète sur laquelle nous nous trouvions il y a encore quelques instants n’existe pas, où plutôt n’existe plus. Voyez plutôt. »

Les trois voyageurs s’approchèrent du globe de verre où sommeillait la créature. À ses pieds se trouvait une plaque sur laquelle on pouvait lire cette inscription :

ICI REPOSE LE COMMANDANT INKUBOO, DERNIER REPRÉSENTANT DE SON ESPÈCE. PUISSE SON SOUVENIR PERDURER À JAMAIS.

Le Docteur pointa du doigt les capteurs présents sur le front du spécimen.

« C’est une technologie assez répandue dans cette région de la galaxie : ces capteurs permettent de retranscrire les pensées de l’esprit auquel ils sont reliés et de les rendre perceptibles. Une projection, en quelque sorte. Ce que nous avons vu n’était qu’un rêve, un cauchemar de notre pauvre ami ici présent, revivant la destruction de sa planète par des hommes. »

« Non, ce n’est pas possible. » le contredit Zoé. « Ces bâtiment étaient tangibles, je les ai touchés. »

« Ce que tu as senti sous ta main était probablement l’un des murs de ce vaisseau. »

Zoé se rappela le contact froid et métallique de l’édifice.

« Donc ce vaisseau serait une sorte de mausolée ? » poursuivit-elle. « Un temple à la mémoire de sa planète disparue ? »

« C’est cela. Et cette créature, maintenue artificiellement en vie grâce à ce tube, fait en sorte que cette mémoire ne s’éteigne jamais. »

Zoé et Jamie échangèrent un regard.

« Docteurrrr ? Vous dites que ce sont des hommes qui ont exterminé son peuple ? Des humains, comme Zoé et moi ? »

« Malheureusement oui, Jamie. L’empire colonial terrien n’appréciait guère de rencontrer de la résistance sur les planètes dont il s’emparait.»

« Docteur, notre vaisseau voyage à travers le temps. Ne pourrait-on pas envisager de… »

« Réécrire l’histoire est strictement interdit par mon peuple, Zoé. Nous ne pouvons rien faire pour rendre sa planète à ce malheureux. Nous pouvons juste faire en sorte que son sommeil soit paisible. »

Sur ces mots, le Docteur apposa sa main contre la vitre du bocal, comme pour caresser délicatement le front de l’intrigante forme de vie qui y sommeillait, et se mit d’une voix douce à chantonner ces paroles :

Klokleda partha menin klatch,
haroon haroon haroon,
Klokleda sheenah tierra natch,
haroon haroon haroon,
Haroon haroon haroon

Au bout de quelque couplet de cette étrange ritournelle, la créature semblait apaisée, et le seul mouvement qui animait son étrange aquarium était le souffle qui parcourait sa poitrine.

« C’est joli. » commenta Zoé. « Qu’est-ce que c’est ? »

« Rien qu’une vieille berceuse vénusienne. Elle a fait ses preuves sur les plus capricieux des enfants, crois-en mon expérience. »

D’un signe de tête, il désigna le levier que Zoé avait abaissé quelques instant plus tôt.

« Jamie, mon garçon, pourrais-tu… »

« Aye ! » s’exclama le jeune homme en actionnant le levier.

À nouveau, le monde autour d’eux s’effaça, et de vastes prairies verdoyantes s’étalèrent sous leurs yeux. Les globes d’argiles qui constituaient la cité extra-terrestre se dressèrent à nouveau autour d’eux, intacts et couverts de peintures tribales. Sous un soleil déclinant, des êtres imposants couverts d’écailles aux griffes acérées et aux dents tranchantes, vaquaient à leurs occupations. Certains tenaient des boutiques, d’autres, plus jeunes, jouaient à la balle. L’un deux passa à travers Jamie sans ménagement, rappelant qu’il n’était présent qu’en apparence.

« C’est sa planète ? Avant qu’elle ne soit détruite ? Et son peuple ? » demanda Zoé.

« Oui, tels qu’il s’en souvient du moins. »

« Quel superrrrrbe paysage. » commenta Jamie qui, nostalgique, songeait à son Écosse natale.

Les trois voyageurs se perdirent un instant dans la contemplation de cette planète factice, s’étonnant de ne pas sentir les rayons du soleil sur leur peau, tant tout cela semblait réel.

« Bien » clama le Docteur. « Je vois qu’il se fait tard, nous devrions retourner au TARDIS. »

« Docteur ? »

« Qu’y a-t-il Zoé ? »

« Ne peut on pas rester encore un instant ? Ce crépuscule est si beau. »

« Aye, Docteurrrr. Juste un petit instant. »

Le Docteur jeta un regard attendri à ses jeunes compagnons.

« Je suppose que nous pouvons rester encore un peu. »

Ainsi, main dans la main, dans un silence mélancolique, le Docteur, Jamie et Zoé contemplèrent un coucher de soleil sur le spectre d’une planète depuis bien longtemps disparue.

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Nata Luna Sans (texte et photos illustrations)

Le Docteur hurle, toujours sans se réveiller.

Le Maître ne se réveille pas non plus, car il ne s’est jamais endormi.  C’est pratique d’être robot – il s’y est enfin accoutumé – sauf que les nuits sont longues, surtout quand le Docteur dort.

Quand le Docteur a des insomnies, ils passent la nuit à se raconter de vieilles histoires, chacun à son tour, changeant certains détails afin de faire ressortir le rôle que lui-même y avait joué. Quand le Docteur a le blues, c’est plutôt le Maître qui parle. Celui-ci, pensant toujours de façon stratégique, a trouvé la façon de discerner si le Docteur va toujours mal : s’il corrige ses exagérations, c’est qu’il va bien; s’il s’endort et qu’il ronfle, encore mieux. Par contre, le silence face aux vantardises du Maître est inquiétant.

Comme tout bon télépathe, le Maître est capable de saisir certaines images du cauchemar, car les rêves d’un esprit sans barrière sont vulnérables aux fuites de données.

Le Docteur revoit des visages d’amis se fondre comme des sculptures en sable quand les moments qu’on a vécus ensemble sont effacés de la réalité. Les photos (nostalgique, il garde depuis toujours les diapos, les daguerréotypes, les polaroïds des compagnes) s’embrument  lorsque les paradoxes se résolvent et une toute petite décision prise on-ne-sait-quand par on-ne-sait-qui fait disparaître toute une chronologie… Il ressent se déchirer le réseau du temps, ses neurones accablées de la perspective simultanée de tous les univers possibles… Et surtout son propre bras autour des épaules d’une chère amie très particulière (la texture de ses cheveux et de son pull-over), son bras qui prétend la protéger de tout danger, son bras qui entoure un vide quand soudain elle n’a jamais existé.  Mais le Docteur s’en souvient, les guerres du temps n’effacent pas de sa mémoire toutes ces histoires qui sont devenues des fictions, et c’est ce qui l’affole.

Le Maître pivote la tête puis le torse vers lui et met un bras autour du dormeur, qui se berce en gémissant. « Docteur. Je suis là. » Il rapproche sa tête de la nuque du Docteur et essaie d’entrer dans son  rêve, mais les basculements du Docteur l’empêchent de faire la connexion. Le Maître blottit son front entre les cheveux noirs et gris et le serre contre lui. Il se souvient soudain que ses membres mécaniques sont plus forts que le corps du Docteur. Il pourrait facilement écraser le tronc ou casser le cou de son… de son quoi, précisément ? Ami, ennemi, amant, rival, conjoint ? Compagnon. Qui lui a montré assez de confiance pour, aussi fragile qu’il soit, se laisser plonger dans un sommeil profond près du Maître. Pour l’instant, ce petit miracle réel lui plaît encore plus que la destruction potentielle. Il l’étreint doucement jusqu’à ce que le Docteur s’éveille.

Le Docteur arrête de crier, se frotte le visage avec les mains, et s’échappe des câlins du Maître. D’habitude il se lèverait pour se balader dans les couloirs presque infinis de la TARDIS, prendre de l’eau ou quelque chose de plus fort … mais cette fois le Docteur se détourne encore plus et se cache la tête dans l’oreiller en silence. Le Maître attend. Les épaules du Docteur tremblent mais il n’y a toujours pas de bruit. Le Maître attend encore un peu. Seulement quand le Docteur commence à sangloter, le Maître lui caresse les cheveux humides de sueur froide, l’entoure de ses bras indestructibles, prétendant le protéger de tout danger, de toute tristesse. Tous les deux savent que c’est impossible, mais ça suffit pour survivre jusqu’au lendemain matin.

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Umanimo (fanart)

D’après le tableau de Fussli : le Cauchemar

Cauchemar-du-Maitre

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À bientôt pour un nouvel Artisons

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