Le Docteur les a rencontrés

Des personnages historiques très variés pour cet Artisons, femmes, hommes, politiques, scientifiques ou artistes, le Docteur les a tous rencontrés.

(cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

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Dominique Loiseau (photomontage)

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Flavichou (texte)

Le Café Mondain

Je suis vieillissant. Ma dernière régénération va bientôt se dissiper en fumée. Il est temps d’écrire mes mémoires. Ne donnez pas trop de crédit à ce que vous allez lire ; ce ne sont après tout que des élucubrations de vieillard qui, au mieux, occuperont mes derniers jours.

Comme les plus anciens le savent sûrement, je fus, il y a bien longtemps de cela, il y a quelques vies, un journaliste relativement influent. Je pense que je peux donc séparer le récit de ma vie en 3 moments clefs : le moment qui me fit découvrir quel genre de journaliste je voulais être, celui où je me fis un nom et enfin celui où j’ai décidé qu’il était temps pour moi de me retirer de ce milieu si difficile.

Commençons alors par le commencement. Ma vie de journaliste commença véritablement à l’Académie des Time Lords de Gallifrey. Là bas, je me fis remarquer par différents écrits à la qualité très médiocre. J’étais rempli de bêtises et d’utopies à l’époque de cette première vie qui était la mienne. Un texte allait m’entraîner dans des réflexions qui ne me quitteraient jamais. Ce texte était intitulé De L’Importance du Journalisme. Je vous passe le contenu, mais sachez seulement que j’y disais que le journalisme n’était là que pour informer de la vérité, que c’était un art pur, qu’il était sacré et que jamais il ne pouvait être détourné de sa fonction première et qu’on ne pouvait nous priver de ses bienfaits. Ce texte était tellement innocent et bête qu’il attira un certain Tetha Sigma. Celui-ci vint me trouver, un exemplaire de mon texte à la main :

« C’est toi qui est responsable de cela, hmmm ?

-Oui, c’est bien moi. » répondis-je bêtement, tout fier.

-D’accord, viens avec moi. » dit-il, jetant vigoureusement mon œuvre à la poubelle.

Il faut savoir qu’il y avait, à l’époque, à l’Académie, des laboratoires dotés de dispositifs qui jouaient avec la science des Time Lords. Ceux-ci étaient dangereux, auraient pu altérer l’espace-temps de façon grave. Nous étions pourtant jeunes et nous ne portions pas le même regard sur ces outils. Theta Sigma lui-même a, je pense, regretté d’avoir utilisé ces instruments puisqu’il répétait lorsque je l’ai rencontré par hasard des décennies plus tard qu’il ne fallait pas changer l’histoire. Mais bref, nous étions loins de ces considérations à l’époque, et Sigma m’entraînait dans ce que nous appelions le « café mondain ». Cette grosse caisse expérimentale utilisait la science des TARDIS et la force du vortex temporel pour kidnapper des personnes de leur timeline pendant un temps, les faire venir en notre présence, avant de les remettre à leur juste place. Ils étaient censés ne garder aucun souvenir de ce qu’ils avaient vécu une fois qu’ils avaient retrouvé leur timeline mais cela comportait bien sûr des risques gigantesques. Les étudiants s’en servaient pour discuter avec des personnes issues de toutes les périodes et de toutes les planètes. Je me demandais bien avec qui Theta Sigma voulait qu’on discute. Il bidouillait sur les écrans et les boutons jusqu’à ce que je vois deux formes se matérialiser.

« -Mais enfin, lui dis-je, je n’ai jamais entendu parler de la possibilité d’extraire deux personnes de leur timelines et de les faire se rencontrer ici.

-Un peu de silence, jeune homme (ce qui était étrange, puisque nous avions à peu près le même âge). Je me concentre. Comme vous l’avez sous-entendu, c’est risqué et j’ai besoin de toutes mes facultés mentales. Elles sont peut-être grandes et dépassent de loin les vôtres, mais il ne faudrait pas que vous me déconcentriez. Bien. Mon cher, je vous présente deux terriens avec lesquels j’aimerais que l’on débatte : voici à gauche Camille Desmoulins et à droite Charles Maurras. Tout comme vous, ils se rêvaient journalistes. Je suis sûr que vous avez beaucoup à apprendre de ces deux-ci ! »

Deux silhouette se dessinaient dans les recoins du Café Mondain. L’une était de taille moyenne. La personne à qui appartenait la silhouette était brun et il portait un chapeau qui lui donnait beaucoup de prestance. Il portait sur lui des idées révolutionnaires, ça se voyait. Sigma me présenta : « Camille Desmoulins, Pitha Deca – Pitha Deca, Camilles Desmoulins ». La deuxième silhouette était bien différente : plus petit, barbu, grisonnant, il avait lui aussi une prestance qu’il imposait directement, je sentais chez lui une rage qu’il gardait en lui mais qui était prêt à sortir à tout moment. Sigma nous présenta également de la même façon « Charles Maurras, Pitha Deca – Pitha Deca, Charles Maurras ». Le trajet de ces deux terriens jusqu’au Café Mondain les avait assommés, cela arrivait toujours, mais le fait qu’ils fussent deux et non pas une seule personne avait accentué le processus, et c’est pourquoi les deux personnages ne cherchèrent nullement à se révolter, savoir où ils étaient, mais s’effondrèrent sur les fauteuils qui se trouvaient derrière eux. Le plus souvent, les personnages qui étaient appelé au Café Mondain mettaient un quart d’heure avant de se réveiller d’une sorte de transe et se demander ce qu’ils faisaient là. Tout ceci est bien sûr très théorique, et le fait qu’ils étaient le double par rapport à d’habitude était un facteur tout à fait nouveau qui pouvait tout changer. C’est Sigma qui prit, une fois de plus, la parole :

« -Monsieur Desmoulins, hmmm, c’est un grand honneur bien sûr. Mon cher ami ici présent est journaliste. Qu’en est-il pour vous ? Hmm !

-J’aimerai bien l’être ! Mais ce n’est pas si simple ! Je ne sais pas dans quel pays vous exercez, mais je vous admire. Dans mon pays, le liberté de la presse est loin d’être atteinte, même si nous progressons.

-Mais, dis-je bêtement, la liberté d’informer une population n’est-il pas un droit fondamental ?

-Je le pense aussi, répondit Desmoulins, mais ce n’est pas toujours aussi simple ! Avez-vous ne serait-ce que pensé qu’un gouvernement, quelle que soit sa forme, ne voudrait pas toujours que la population soit informée de tout ce qui se trame ? Il existe moult censure pour nous brider et de grandes peines attendent ceux qui aimeraient exercer d’avantage une liberté d’écrire ce qu’il veut.

-C’est à cause des lobbies ! » s’exclama tout d’un coup Maurras, qui était jusqu’ici resté muet.

-Pardon ? » demanda Desmoulins

-La liberté de la presse ne sera jamais atteinte à cause des lobbies ! Oui, je me tue à le dire dans mon Action Française, mon journal, des lobbies contrôlent le monde et il ne voudrait pas que ça se sache ! Ha ! Ha oui, ça oui ! Je les connais moi ! Ils cherchent à me faire taire ! Juifs, bolcheviques, francs-maçons,… Ils cherchent à détruire de l’intérieur mon beau pays français, et ça grâce à l’aide de traîtres à la patrie qui les aident de l’intérieur. »

Nous étions tous fort interloqués par ce monologue. Je tentais alors :

« -Monsieur Maurras : vous possédez alors un journal ?

-Oui, monsieur ! L’Action Française, monsieur ! J’y dit tout ce que je veux, malgré les lobbies qui aimeraient que j’évite de dévoiler les menaces qui flottent sur la grande nation française !

-Et vous monsieur Desmoulins, vous n’exercez donc pas ?

-J’exerce, si » me répondit-il, « mais souvent dans l’anonymat ou dans le secret. Je commence à avoir plus de liberté, mais ce n’est pas encore totalement le cas. Dans mon pays, c’est difficile de progresser, mais nous y venons, nous y venons !

-Et » posais-je encore, « de quel pays venez-vous, tous les deux ?

-De France », répondaient-ils, tous les deux d’une seule voix, et je sentis une grosse pincée de nationalisme en plus lorsque Maurras prononçait le nom de son pays, qui n’existait guère dans la façon de le dire chez Desmoulins. Ils se regardèrent alors, étonnés, se dévisagèrent, et je sentis alors que la transe venait d’être levée lorsqu’ils comprirent qu’ils venaient de la même France, sans que les libertés de la presse soient les mêmes. Devant mes yeux, j’admirais alors un paradoxe temporel qui pouvait mal se terminer. Sigma le voyait lui aussi. Et alors que les deux personnages se mettaient à demander si l’autre mentait, si l’autre était dans le vrai alors que Maurras hurlait au complot bolchévico-judeo-franc-maçon, et qu’il voulait en venir aux poings avec Desmoulins qui n’était pas prêt à se laisser faire, Sigma bidouillait dans les réglages du Café Mondain pour faire disparaître les deux personnages, sans que nous puissions conclure dans les règles cette discussion qui tournait, de toutes façons, au vinaigre. Nous sortîmes tous les deux de la machine, et nous nous aperçûmes alors qu’elle fumait beaucoup. Sigma regarda l’extérieur du Café Mondain et me cria : « Ha, les circuits ont trop chauffé ! La machine ne pouvait pas supporter deux personnages venant d’époques différentes, semble-t-il. Mince ! Rappelez-moi, mon cher ami, de ne plus jouer à l’apprenti technicien avec la technologie TARDIS ! C’est beaucoup trop instable ! Je vais essayer de m’en tenir écarté dorénavant, hmm ! ».

Alors que nous nous dirigions rapidement avant d’être vus vers la bibliothèque, mon nouvel ami me demanda :

« -Bien, cette mésaventure vous aura-t-elle au moins appris quelque chose ?

-Oui » répondis-je. « Penser que le journalisme est acquis, et qu’une personne ne peut pas le détourner en fonction de son opinion, possiblement biaisé, était bête. Le journalisme est chose précieuse et importante, mais il n’en est pas moins hypothétiquement dangereux ! »

Après cet incident, je suis resté en contact avec Theta Sigma tout le temps de nos études. Je ne l’ai revu qu’en de très rares occasions par la suite, mais nos retrouvailles auront toujours été précieuses, quoi qu’il avait la fameuse tendance très agaçante de penser qu’il était responsable de la totalité de mon éthique et de mes écrits. Le plus énervant était pourtant le fait que je ne pouvais décemment pas le contredire…

Flavichou.

P.S : Après relecture d’une tierce personne, il apparaît qu’il est possible que tout le monde ne connaisse pas les deux personnages historiques qui sont évoqués ici. Donc :

-Camille Desmoulins est un journaliste qui a pris part à la Révolution Française, se battant pour une plus grande liberté de la presse

-Charles Maurras est le co-fondateur du journal l’Action Française, il y montre ses idées nationalistes, complitistes et très ancrées à l’extrême-droite.

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Johannes (fanarts)

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Two rencontre Mary Anning

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Five et Julie d’Aubigny

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Eight et Nicola Tesla

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Kathwho (fanart)

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Les Temps Modernes

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Laureline (drabble)

Un homme , vêtu de façon victorienne, mais tout dépenaillé, entra dans la pièce où tous les scientifiques travaillant sur le projet d’utilisation du nucléaire :

« ARRÊTEZ TOUT, VOUS ALLEZ CONTRIBUER A CONSTRUIRE UNE BOMBE. »

Interloqué par la présence d’un grand homme aux cheveux blancs, coiffé en pétards, il dit :

« Albert , mon ami, sortez d’ici, je refuse que vous contribuiez à tuer des millions de personnes. »

Albert rétorqua :

« Que faites vous de la non interférence dans les faits de l’histoire, Docteur. ceci ne vous ressemble pas

– Je viens de voir trop de morts sur Gallifrey, je refuse de revoir cela sur ma planète préférée. »

Et ils sortirent de la pièce bras dessus dessous.

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Lise Hamaide (fanart)

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Chagal

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Umanimo (texte)

The Master’s masters [Les maitres du Maitre]

Chapitre 1

Les yeux pétillants de joie mauvaise, le Maître regarde, en riant, le Docteur quitter les locaux d’UNIT pour grimper dans sa ridicule vieille voiture jaune vif.

« Tu ne sais pas ce que je te prépare, Docteur. Ça va être particulièrement spectaculaire. Oh, tu vas adorer ! »

Fredonnant une chanson gallifreyenne, un large sourire aux lèvres, il manœuvre son TARDIS qui disparaît de la surface de la Terre. Puis il va jeter un coup d’œil aux écrans qui lui montre les chambres de ses invités. Il a aménagé chacune d’elles pour qu’elle s’adapte au goût de son occupant.

Dans la première dont l’aspect rappelle l’intérieur d’une yourte, un homme de petite taille, à la grosse tête, aux traits asiatiques, tourne en rond en grimaçant et en sifflant des injures entre ses dents jaunes. Ses mains jouent avec un coutelas qu’il plante de temps en temps sur les poteaux en bois qui soutiennent les parois de peau.

La deuxième abrite un homme d’un certain âge, vêtu d’une toge. Il est presque chauve et son visage est ridé, mais ses yeux noirs sont animés par une flamme juvénile. Il passe le temps à lire, mais on sent qu’une certaine impatience l’agite à la façon dont son pied se balance et au regard qu’il jette souvent à la porte.

Le Maître s’approche du troisième écran : un colosse à la peau noire, que sangle un uniforme chamarré, arpente la pièce. Il donne des coups sur une table de style rococo qu’il a déjà fendu sur toute sa longueur. Puis il hurle des insultes en sango en agitant ses poings massifs vers la caméra.

La quatrième chambre est occupée par un petit homme aux cheveux noirs, dont la lèvre s’orne d’une petite moustache carrée. Il marche nerveusement de long en large, les mains dans le dos. Il s’arrête parfois devant un portrait le représentant et semble plongé dans ses réflexions.

 

Chapitre 2

« Messieurs ! Messieurs ! Du calme ! Il faut sérieusement nous mettre au travail si nous voulons réussir. »

Le Maître essuie son front à l’aide d’un mouchoir immaculé qu’il vient de sortir de son gant. Il fait plutôt frais dans la salle où ils sont en conférence, mais il transpire abondamment. Les quatre dictateurs sont plus difficiles à manipuler qu’il ne l’avait imaginé. Son pouvoir hypnotique est totalement sans effet sur eux. Et chacun revendique la place de leader.

Attila grince des mots cruels et promet mille morts atroces à ceux qui ne lui obéissent pas.

César (Caius Julius) parle calmement, mais au bout d’un moment tous finissent pas se taire pour l’écouter.

Dada (Idi Amin) roule des yeux furieux et tape du poing sur les meubles en vociférant.

Hitler (Adolf) commence toujours ses discours à voix presque basse, mais s’enflamme progressivement et finit par des harangues passionnées.

Il leur avait expliqué ce qu’il attendait d’eux : mettre le monde sous leur coupe et se le partager. Puis il avait tenté de concrétiser ce projet. Mais, dès le début des discussions, les diverses et fortes personnalités se heurtaient, et cela dérivait inévitablement vers de violentes disputes.

À plusieurs reprises, il avait dû fuir, fermer la porte et envoyer un gaz anesthésiant pour éviter le bain de sang. Attila jouait du couteau avec conviction et Idi Amin utilisait ses poings comme des armes.

« Pourquoi devrions-nous t’écouter, maigre freluquet ? s’écrie le colosse noir, en s’avançant vers lui. Qui es-tu et qu’as-tu donc accompli pour oser nous donner des ordres ? »

Pour commencer à le connaitre, le Maître sait que le « nous » n’est pas collectif, mais désigne la seule personne d’Idi Amin.

« Ça recommence », pense-t-il.

Et il recule doucement vers la porte, prêt à fuir à nouveau. Mais il se heurte à quelqu’un qui le repousse vers la table. La voix susurrante de César glisse à son oreille :

« Oh, non, tu ne vas pas fuir à nouveau, cher Maître. Tu as rassemblé ici un certain nombre de personnes que tu pensais pouvoir servir ton ambition et tu ne sais pas les contrôler. Fais face à ton incompétence, maintenant. Fini de t’esquiver et de nous endormir pour résoudre les problèmes. »

Il parle en latin, comme Idi Amin parle en français, Attila dans sa langue hunique et Adolf en allemand, mais grâce au champ de traduction du TARDIS, tous se comprennent.

Avec une poigne plus puissante que ne le laisse supposer son allure fragile d’homme déjà vieux, Caius Julius oblige le Maître à s’asseoir.

 

Chapitre 3

Triste retournement de situation. Le Maître tourne en rond dans sa chambre. C’est lui qui est enfermé maintenant. César a pris le pouvoir au sein du petit groupe. C’est le plus intelligent et ses trois camarades sont trop dominés par leurs caractères mégalomaniaques, pour tenir tête à sa facilité à les flatter et à les manipuler.

« Un petit malin, ce César », songe-t-il avec une pointe d’admiration.

Ils l’ont enfermé et s’en servent comme un outil, uniquement pour les mener où ils le souhaitent. Ils ne le laissent sortir de cette pièce que pour manœuvrer le vaisseau. Les mains en battoir d’Amin Dada et le couteau d’Attila le maintiennent dans le droit chemin.

Heureusement, ils ne comprennent rien aux commandes du TARDIS. Ils ne voient que le résultat. Aussi, tout en les menant dans le lieu et le temps qu’ils désirent rejoindre, le Maître a subtilement fait quelques aménagements.
Son programme : « prendre le pouvoir sur la Terre du vingtième siècle » semble avoir l’aval des quatre chefs guerriers. Peu à peu, le TARDIS s’emplit de soldats différents : des Huns à cheval, des légionnaires et quelques cavaliers Romains, une armée complète et disciplinée de la Wehrmacht et un groupe de soldats du plus bel ébène.
***

« Que faites-vous ici ? »

Le Maître est réveillé par un glissement dans son dos. Il a la surprise de découvrir César, vêtu d’une simple tunique, couché contre lui. Le Romain a passé un bras autour de sa taille et sourit avec malice. Pour le peu d’heures de sommeil dont il a besoin, le Maître se couche toujours habillé. Surtout depuis que sa machine est envahie de combattants de toutes sortes. Il se tient ainsi prêt à toute éventualité.

Il bénit cette précaution qui lui évite un contact trop intime avec le vieux dictateur.

« Tu as beaucoup de charme dans ton genre, lui chuchote Caius Julius en resserrant sa prise sur le torse du Time Lord.

– Je ne suis pas intéressé, rétorque le Maître en détachant les doigts qui tentent de se glisser dans sa chemise, vous avez sûrement, parmi vos hommes, des soldats qui pourraient satisfaire vos besoins. »

Il se lève et rajuste sa tenue. César contourne le lit et vient se planter devant lui. Ses yeux noirs le détaillent avec gourmandise.

« Tu ne comprends pas, lui dit-il. La partie la plus importante du plaisir, c’est l’échange intellectuel. Que veux-tu que je fasse avec ces paysans lourdauds ? Ou même ces patriciens sans cervelle ? Tu es le seul à être de mon niveau ici. »

Il se frotte le menton d’un air pensif.

« Je crois même que, dans certains domaines, tu me surpasses. C’est très excitant, ajoute-t-il, avec un sourire qui redonne à son visage une jeunesse que démentent les rides et la calvitie.

– Si vous voulez discuter, je ne dis pas non, mais le reste, pas question, répond le Maître qui se demande s’il ne va pas pouvoir utiliser cette situation, qu’il n’avait pas prévu, à son avantage.

– Tu as tort, tu rates quelque chose. Une bonne discussion de philosophie ou de science quand on est comblé par le plaisir charnel, il n’y a rien de meilleur. Mais je ne te force pas, ça perd tout son charme, sinon. »

Il se dirige vers la porte. Puis se retourne juste avant de la franchir.

« Si tu changes d’avis, fais-le-moi savoir. Pour toi, je serai disponible à tout moment. »

Le Maître pousse un soupir de soulagement quand le battant se referme, aussitôt suivi par une grimace de déception quand il constate que sa lubricité n’a pas fait oublier au Romain de verrouiller derrière lui.

 

Chapitre 4

C’est la guerre !

Pas sur Terre, non. Pas comme il l’avait prévu et planifié. Enlever les quatre dictateurs de leur époque respective. Les lâcher, avec leurs troupes bien entraînées, sur toutes les parties du monde en même temps. Puis prendre le pouvoir grâce à ça, c’était son plan. Et c’est un fiasco.

Le Maître est dissimulé dans sa garde-robe parmi ses costumes noirs. C’est le seul endroit dans sa chambre, à la décoration très dépouillée, qui offre un semblant de cachette. Il a un sourire amer en songeant qu’il n’y a pas si longtemps, sa plus grande crainte était que César revienne à la charge avec sa proposition salace.

Les couloirs du TARDIS retentissent de coups de feu, de hurlements, de galopades humaines ou équines. Toujours enfermé, il ne sait pas comment cela a démarré. Mais ça fait plusieurs jours que personne n’est venu lui ouvrir, ni lui donner à manger. Il peut boire dans sa salle de bain, heureusement, mais la faim commence à le torturer.

Il se demande ce qu’il est advenu des hommes qu’il a enlevé. Sont-ils à la tête de leurs troupes, se combattant les uns les autres ? En ont-ils perdu le contrôle ? Il ne dort plus maintenant, il reste sur ses gardes tout le temps car la bataille ne s’arrête jamais.

Pire encore : aux secousses qu’il sent parfois, il sait qu’on touche aux commandes du TARDIS. Probablement pas dans l’intention de le faire fonctionner, mais sans doute au hasard. Il n’ose imaginer ce qui risque de se passer si quelqu’un appuie sur un mauvais bouton et engage une manœuvre périlleuse.

***

« Maître ! Sors de ta planque, méprisable lâche, ou je te décolle la tête à mains nues. »

La voix tonitruante d’Idi Amin retentit puissamment. La porte de la chambre du Maître vient d’être soufflée par un engin explosif. Le colosse noir enjambe les décombres de ce qui fut son mobilier et l’extirpe du placard, dont il ne reste presque rien. Il le soulève de terre par le devant de ses habits et éclate d’un rire homérique quand il voit à la fois son expression terrorisée et son visage où un petit morceau de bois s’est fiché dans la pommette juste sous l’œil.

Le tenant par le col, le géant le traîne vers la salle des commandes. Ils sont entourés de soldats africains qui tirent sur d’autres soldats. Le Maître arrive à distinguer des Romains et des Allemands mêlés, faisant le coup de feu côte à côte. D’étranges alliances semblent s’être nouées entre les divers groupes de guerriers.

Il est propulsé contre la console. Le dictateur plaque un papier devant lui :

« Tu vas nous amener là. »

Les coordonnées inscrites sur la feuille sont en Afrique. Mais le Maître a un autre projet. Il doit profiter de l’occasion qui lui est donnée, il n’en aura pas d’autres. Sous le regard attentif d’Amin Dada, il commence à manœuvrer le vaisseau. Certaines de ces manipulations sont destinées à diriger la machine vers la Terre, mais d’autres ont un but plus secret.

 

Chapitre 5

Le Docteur vient de monter dans son véhicule jaune vif. Il n’a pas remarqué l’abri de jardin qui a disparu quelques secondes plus tôt d’une des collines environnantes. Il freine précipitamment, lorsque cette cabane se matérialise sur la route à quelques mètres devant la vieille voiture.

La porte s’ouvre violemment et le Maître en surgit suivi par un nuage de fumée verdâtre. Il court, se tenant un mouchoir sur le visage, d’abord en ligne droite. Puis tournant brusquement vers sa gauche, il s’éloigne à toute vitesse sur la route.

Le Docteur le suit des yeux, ébahi. Mais son attention est bientôt requise par quelque chose de bien plus surprenant : de la porte de la cabane jaillit une foule. Des dizaines d’hommes, qui se bousculent, courent dans tous les sens, tombent, se relèvent, se dispersent partout autour de lui. De plus en plus éberlué, il reconnait des guerriers Romains, des uniformes de la Wehrmacht, des cavaliers huns et les tenues camouflage d’un groupe de soldats africains.

Il n’est pas encore revenu de son ahurissement quand un petit Asiatique à la grosse tête plate se plante devant la voiture, un poignard à la main, et lui hurle :

« Je vais tuer Maître ! Lui, un trrrrraîtrrrrre ! Où allé ? Dis-moi ou je tue aussi. »

Le Docteur jette un coup d’œil alentour. Il n’y a plus trace du Maître. Dans la fumée qui continue à se déverser, émergent toujours plus de gens qui courent. Ils toussent et tombent parfois sans se relever. Quand la nuée parvient jusqu’à lui, il comprend pourquoi. Elle est très irritante avec une forte odeur d’ammoniaque et de soufre. Le petit Asiatique qui le menaçait en est environné et s’effondre au milieu de sa harangue.

Il saute de son véhicule et s’engouffre dans les locaux de l’UNIT en criant le plus fort possible :

« Brigadier !
– Que se passe-t-il, Docteur ? questionne Alistair Lethbridge-Stewart, émergeant de son bureau.
– Vite, faites rentrer tous vos hommes, fermez toutes les issues et avertissez le reste de vos troupes de se tenir loin d’ici. »

***

« Qui est à l’origine de ce désordre et de ce massacre ? »

Le Brigadier, en compagnie du Docteur, regarde par la fenêtre le monceau d’étranges cadavres qui entourent la cabane en bois et la vieille Bessie. La fumée verte s’échappe toujours de la porte grande ouverte, mais elle est moins dense. Les différentes sortes de guerriers qui en sont sorties errent aux alentours. Des échauffourées ont lieu autour des bâtiments et dans les bois qui entourent le quartier général de l’UNIT.

« Le Maître bien sûr, qui voulez-vous que ce soit ? Cette cabane est son TARDIS.

– Mais où est-il ?

– Hum, il a fui. Par là-bas. »

Le Docteur désigne la route qui part vers l’ouest.

« Je ne sais ce qu’il cherchait à faire, mais je parie que ça a mal tourné. Par contre, il va être obligé de revenir ici, pour reprendre son vaisseau. Nous n’avons plus qu’à l’attendre. Où en sommes-nous avec les renforts ? »

Lethbridge-Stewart regarde sa montre :

« Ils ne devraient plus tarder. Récupérer tous ces gens sans trop de casse va être difficile. Ils ont tous l’air plus enragés les uns que les autres.

– Et pour les renvoyer chez eux, je vais devoir faire appel aux Seigneurs du Temps, répond le Docteur. »

Il ajoute avec une petite grimace :

« Ça me rappelle de mauvais souvenirs ! »

 

Chapitre 6

« Tu joues à cache-cache ? »

Le petit garçon se tient au dessus de lui, sur le bord du fossé boueux dans lequel il a fini par sauter pour se dissimuler et éviter les balles perdues. Les bois retentissent d’appels et de cris en plusieurs langues différentes, ainsi que de tirs de diverses armes.

« Ils font du bruit, tes copains. Vous jouez à la guerre ? »

Une rafale de mitraillette crépite dans les feuillages et une pluie de balles retombent sur lui et sur le gosse. Avec une sorte de réflexe qu’il ne s’explique pas, le Maître attrape la cheville de l’enfant, inconscient du danger, et le fait tomber dans le fossé. Puis il se glisse sous une grosse branche morte recouverte de nombreux débris végétaux en l’entrainant avec lui. C’est une parfaite cachette. Un groupe de soldats vociférant saute le trou juste à l’aplomb de leurs têtes.

« Chut, murmure-t-il au môme qui rit dans la main qu’il a plaqué sur sa bouche, ils vont nous entendre. »

« Ça fait un parfait otage pour récupérer mon TARDIS », songe-t-il pour justifier son geste à ses propres yeux.

Une heure plus tôt, il avait matérialisé l’engin près des bâtiments de l’UNIT, très peu de temps après avoir quitté les lieux, pour laisser le Docteur se débrouiller avec son chargement de guerriers. C’était une petite satisfaction morale de lui confier le soin de ce désordre, pour compenser le ratage de son plan. Puis, au moment où il ouvrait la porte pour s’enfuir, il avait inondé sa machine avec un gaz mortel de sa fabrication. Il avait ainsi réussi à s’échapper des mains du gros dictateur africain.

Maintenant il faut qu’il rentre en possession de son TARDIS et le petit garçon va l’y aider. Le plus difficile étant de regagner le vaisseau spatio-temporel sans se faire trucider par les troupes diverses qui hantent les environs.

« Tu connais UNIT ? demande-t-il au gamin.

– Bien sûr, rétorque celui-ci, il faut être idiot ou aveugle pour pas connaître. C’est des bons soldats, tu sais !

– Et toi, sais-tu comment aller là-bas sans être vu de mes … « copains » ?

– Peuh ! Facile ! Comment tu t’appelles ? ajoute-t-il en s’extirpant des branchages en rampant.

– Le Maître.

– C’est pas un nom ça ! C’est ridicule ! Il te faut un vrai nom. Pourquoi pas … Arthur ? C’est joli, Arthur, j’aime bien. Et puis c’était un grand roi, un roi légendre. Non pas légendre, lé … gen … dai … re, c’est ça légendaire. Moi, mon nom, c’est Conloach [prononcer Conleya ou Conley], ça veut dire « chef suprême ». Maman dit que ça me va bien parce que je veux toujours commander. Mais c’est difficile à dire, alors on m’appelle Coco. Tu viens, Arthur ? »

Tout en babillant à voix basse, le garçonnet, qui ne doit pas avoir plus de sept ans, s’est mis à marcher, courbé, le long du ruisselet. Le Maître le suit, lui aussi plié en deux.

Ils filent à travers bois, par des passages improbables, derrières des haies, le long de murs, sous des clôtures délabrées. Au moment où le Maître pense qu’ils sont totalement perdus, ils débouchent près des bâtiments arrière de la base. Il voit même son TARDIS à travers un étroit boyau entre deux locaux. La porte en est toujours ouverte, mais il n’y a plus de fumée qui en sort.

Seuls les soldats de l’UNIT continuent à s’affairer autour d’elle, il n’y en a pas d’autres. Plus de Romains en jupettes, d’uniformes de la Wehrmacht, ni de tenue camouflage ou de petits chevaux des Huns. Tous se sont dispersés dans les environs où ils s’affrontent toujours. Deux ambulances démarrent, emportant leur contingent de morts ou de blessés. Le Brigadier et le Docteur ne sont pas visibles. Mais ils doivent être par là, à l’intérieur des bureaux. Il va avoir besoin de Coco pour passer.

Il saisit l’enfant pas le bras :

« Tu vas venir avec moi !

– Hey ! C’est pas la peine de me faire mal ! Bien sûr que je viens, Arthur ! »

Arrachant son poignet de la main qui le tenait, il s’engage dans la trouée avec assurance. Le Maître le suit difficilement. Bien qu’il soit très mince, ce goulet le laisse à peine passer. Arrivés presque au bout, il attrape le col du garçon.

« Attends, on va leur faire une surprise ! »

Coco, tiré en arrière, pouffe.

« Tu es drôle tu sais, Arthur ! Je m’ennuyais cet après-midi. Je suis bien content de t’avoir rencontré.

– Moi aussi ! » grommelle le Maître entre ses dents.

Ils sortent tous les deux, l’un derrière et tenant fermement l’autre par le cou. Ils sont à mi-chemin de son TARDIS quand, enfin, un des soldats les remarque.

« Hé, s’écrie-t-il, pas de civils dans l’enceinte de la base ! Comment êtes vous entrés ?

– Je suis le Maître et vous devez m’obéir, les apostrophe-t-il d’une voix forte pour bien se faire entendre de tout le monde, laissez moi passer ou je brise la nuque du gamin ! »

 

Chapitre 7

« Oh, bon sang ! »

Le Docteur a entendu la harangue du Maître et regarde par la vitre. Il le voit avancer vers sa machine avec son otage. L’enfant doit avoir six ou sept ans. Il a des cheveux noirs et raides qui entourent son visage rond aux grands yeux bleus. Il n’a pas l’air effrayé du tout. Plutôt amusé. Il ne semble pas comprendre le danger que représente l’homme derrière lui.

Sortant du bureau du Brigadier par la fenêtre, le Docteur interpelle le Maître :

« Laisse-le aller. Je suis sûr que tu ne veux pas faire ça !

– Parierais-tu dessus, Docteur ? »

La voix ironique est pleine d’assurance, mais le Docteur, qui le connait bien, a vu une lueur d’hésitation dans son regard. Cependant il préfère ne pas tenter quelque chose. Impuissant, il regarde le Maître rentrer dans son TARDIS. Juste avant d’en refermer la porte, il rejette violemment l’enfant qui tombe sur les fesses.

Le bruit de la dématérialisation commence à s’élever et le Docteur se précipite pour récupérer le petit garçon, quand il voit celui-ci se relever d’un bond, rouvrir la porte et s’engouffrer dans le vaisseau. L’engin disparait.

« Il s’est passé quoi exactement ? demande le Brigadier. Pourquoi s’est-il encombré de ce gosse ? Que compte-t-il en faire ?

– Je ne suis pas bien sûr, répond le Docteur, perplexe, mais il me semble que c’est le garçon qui est entré volontairement. »

***

Le Maître est trop occupé à démarrer son TARDIS et à s’éloigner le plus rapidement possible de la Terre pour remarquer tout de suite qu’il n’est pas seul dans la salle de commandes. L’odeur du gaz est encore un peu sensible et irrite le nez et les yeux. Il entend une petite toux et une voix enfantine :

« Ça sent pas bon chez toi ! Mais c’est sympa, c’est grand ! »

Le polisson court vers les sorties internes de la pièce et sa voix se perd rapidement dans le couloir :

« Oh, c’est très grand, c’est super pour jouer à cache-cache. C’est toi qui t’y colle en premier, Arthur ! Compte jusqu’à cent !

– Coco ! Reviens ! On ne joue plus ! »

Le Maître donne un coup de poing rageur sur la console. Ce gamin va tout gâcher ! Il avait réussi à s’en sortir et à apporter des ennuis au Docteur. Ils vont mettre un temps fou à récupérer tous les soldats et certainement pas sans problèmes. Mais que va-t-il faire de ce gosse ?

Le jeter dans l’espace est la solution la plus simple. Encore faut-il pouvoir l’attraper ! Il stabilise le TARDIS dans le vortex et part à la recherche du bambin.

 

Chapitre 8

La porte est grande ouverte sur les étoiles. Il tient Coco par les épaules et s’apprête à le pousser dans le vide de l’espace. La galopade pour le rattraper avait durée plus d’une heure et il avait dû le chercher et subir ses cris de joie quand il avait enfin réussi à le dénicher dans une des salles de bain. Le petit garçon avait été trahi par le tas de serviettes qu’il avait enlevé d’un placard pour pouvoir s’y dissimuler.

« Oh, comme c’est beau, s’écrie l’enfant. Regarde là-bas, ajoute-t-il en tendant un bras vers une galaxie lointaine, on dirait un soleil qui tourne. Un soleil avec des cheveux. Qu’est-ce que c’est ? » questionne-t-il, en levant son visage confiant vers le Maître.

Il serre les mains sur les épaules du petit garçon et se répète :

« Jette-le dehors ! Que vas-tu faire de lui, sinon ? Pas question de retourner sur Terre pour le ramener !

Pourtant, il s’entend répondre :

« C’est une galaxie spirale, un groupement d’étoiles qui tournent toutes ensembles autour d’un axe, comme la Terre tourne sur elle-même autour de son axe.

– Ah, oui, la Terre, je connais. C’est le pôle Nord le naxe. Et ça là-bas ? C’est de toutes les couleurs, c’est super joli aussi !

– Un amas d’étoiles également, mais d’une forme différente, une galaxie spirale en train de se créer. »

« Qu’est-ce que je raconte ? Jette-le dehors ! » pense-t-il.

« Oh, zut ! » fait-il à voix haute. Il repousse l’enfant vers l’intérieur de la pièce et referme la porte.

Celui-ci se jette contre lui et l’entoure de ses petits bras :

« Comme j’ai eu de la chance de te rencontrer ! Qu’est-ce que je m’amuse ! Maman n’en reviendra pas quand je lui raconterais tout ça ! »

Il s’accroupit en face du gamin et lui dit :

« Tu ne racontes rien à personne, d’accord ? Pas à maman et même pas à ton meilleur copain.

– J’ai pas de meilleur copain. Ils sont tous trop idiots et trop nuls.

– Ah, oui ? Tiens, ça me rappelle quelqu’un, ajoute-t-il avec amertume.

– Je dirais rien, si tu veux pas. Je sais garder un secret. Bouche cousue ! »

Il fait le geste de refermer sa bouche avec une fermeture éclair.

***

« Difficile de tuer un gosse de sang froid, n’est-ce pas ? Plus difficile que d’envoyer une fumée mortelle se charger du travail ! »

Le Maître sursaute et se relève. Appuyé à la console, César le regarde, les bras croisés.

« Comment …

– … j’ai réussi à m’en sortir ? » l’interrompt le Romain.

Il montre ses mains et ses avant-bras rouges et couverts de cloques :

« Pas sans dégâts, avoue-t-il. Quand j’ai senti l’odeur de ton poison, j’ai compris qu’essayer de fuir vers l’extérieur était une mauvaise idée. Au contraire, je me suis enfoncé plus avant dans les entrailles de ta machine. Et j’ai eu la chance de découvrir la piscine. Je suis resté sous l’eau autant que je pouvais et quand il fallait que je respire, je me protégeais le visage de ma toge mouillée. Il n’y a que mes bras qui tenaient le tissu qui sont entrés en contact avec ton fluide. »

Il tousse.

« J’en ai quand même un peu pris dans les poumons, mais ça ira, je suis solide. »

Il ajoute, toujours souriant, le regard plein d’ironie :

« Te voila bien embarrassé ! Tu voulais des chefs pour faire ta guerre et tirer les marrons du feu à ta place. Et que te reste-t-il sur les bras ? Un vieillard et un bambin. Que vas-tu donc en faire, puisque tu n’as pas le courage de les éliminer ?

– J’ai faim ! » intervient Coco, en glissant sa menotte dans la main « d’Arthur ».

Le Maître se rend compte que lui aussi est affamé. Ces dernières heures ont été trop chargées en évènements pour qu’il se préoccupe de son estomac, mais cela fait plusieurs jours qu’il n’a pas mangé.

Ils se retrouvent tous les trois dans la cuisine où la machine leur délivre le repas qu’ils souhaitent. Il avale un plat de Gallifrey à base d’un légume rouge qui ressemble à une pomme de terre mâtinée d’un artichaut. Caius Julius déguste une bouillie de blé, salée au garum et parsemée de petits morceaux de poisson séché. Le petit garçon engloutit deux énormes tartines dégoulinantes de miel avec un grand bol de lait.

« Après cha, hon choue à quoi ? demande-t-il, la bouche pleine.

– Après ça, tu rentres chez toi, on a assez joué.

– Oh ? D’accord ! Mais tu promets de revenir demain ? Tu m’emmèneras encore voir les kalaxies psirales et les mamas d’étoiles ?

– Heu … »

Il sent le regard aigu de César sur lui. Il lève la tête et affronte la lueur sarcastique dans les yeux noirs.

« Non, je ne pourrais pas revenir », répond-il à l’enfant.

Puis il ajoute, fixant toujours le visage du Romain :

« Ni demain, ni un autre jour.

– Tu as trop de choses à faire ? Les grands ont toujours trop de choses à faire et les autres enfants sont ennuyeux. »

Puis il hausse les épaules, les yeux légèrement humides.

« Bah, tant pis ! »

 

Epilogue

Il dépose Coco quasiment à l’endroit où ils se sont rencontrés. C’est le même jour, presque à la nuit et les bois sont maintenant silencieux et vides de toute présence guerrière. L’UNIT a bien fait son travail.

Le petit garçon déclare avant de s’éloigner sans se retourner :

« C’était un après-midi vachement bien ! Je m’en souviendrais tout le temps ! Au revoir Arthur, ajoute-t-il, après une hésitation, fais attention aux méchants, c’est ce que maman me dit toujours. »

***

Maintenant il est avec César dans une petite rue de Rome. Son TARDIS a pris l’aspect d’une colonne sur la façade d’une maison.

« Tu n’as pas changé d’avis sur ce que je t’ai proposé l’autre jour ? demande le vieux dictateur, l’œil toujours allumé d’un feu lascif.

– Non !

– Dommage, encore une fois. J’ai rarement l’occasion de tomber sur un esprit qui vaut le mien. »

Il le regarde un long moment avant d’ajouter :

« Ton ambition est démesurée ! Ça je peux le comprendre. Mais tu ne réussiras jamais parce que tu es trop brouillon et que tu ne mesures pas les conséquences de tes actes.

– Dites donc … » s’insurge le Maître.

Il ne peut terminer sa phrase. Le Romain l’attrape par la nuque, l’attire à lui et l’embrasse sur la bouche. Puis il se détourne et s’en va le long de la ruelle en agitant une main en l’air en guise d’adieu.

Le Maître essuie ses lèvres du bout des doigts. Il a eu la tentation de le rappeler pour lui dire quelque chose, mais ne l’a pas fait. On est à quelques jours des Ides de Mars en l’an 44 avant Jésus Christ.

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