Oh, Docteur, où sommes-nous ?

Ces lieux étranges, mythiques, existants ou non, qui peuplent l’imaginaire des Hommes, le Docteur adore y faire un tour, histoire de voir où se trouve la légende et où se trouve la réalité. Mais sa présence-même change parfois la donne et un endroit ordinaire peut devenir extraordinaire, lorsqu’il se trouve là.

(cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

Johannes (Bande dessinée)

Kathwho (Fanart)

Titre : Sous le Pont d’Avignon.

Explications : Il manque plusieurs arches à ce pont. Force du courant ou…

Lise Hamaide (Bande dessinée)

Marie Valerio (Texte)

Dernier tango en Lémurie

Le palais de cristal résonnait furieusement aux sons tapageurs des tambours et des pas de danses endiablés des convives, qui se démenaient avec passion sous leurs costumes bariolés. Loin des remous de ce carnaval cacophonique, la femme au masque de chat contemplait la lune depuis la terrasse, plongée dans de macabre pensées. Une coupe de vin à la main et une lueur malicieuse dans le regard, elle attendait nonchalamment son heure en contemplant avec amusement les contorsions grotesques des danseurs qui se trémoussaient dans l’insouciance, sans la moindre idée du sort que leur réservait cette soirée. Quand les feux de joie s’embraseraient et que la fête atteindrait son apogée, elle mettrait ses sombres desseins à exécution et toute la colline flamberait dans un brasier digne de l’enfer, emportant avec lui les verdoyantes collines de Lémurie. Se réjouissant de cette idée, elle porta le vin à ses lèvres tandis que les musiciens calmaient lentement la frénésie ambiante en jouant désormais une musique plus douce.

L’homme au masque de loup avait profité de cette accalmie pour s’approcher d’elle à pas feutrés, lui glissant d’une vois suave à l’oreille :

« Me ferez-vous l’honneur d’être ma cavalière ? »

Elle toisa des pieds à la tête l’impudent qui avait l’arrogance de venir quémander la prochaine danse.

« Tout dépend de tes talents de danseurs, mon grand. Je ne me laisse pas guider par n’importe qui. »

« Quelque chose me dit que vous avez un penchant pour le tango. »

Intriguée par cette proposition anachronique, elle lui tendit gracieusement la main, se laissant entraîner vers la piste de danse.

« On m’appelle Missy. »

« Rex. Enchanté. »

« Un nom de chien. Comme c’est mignon. »

Au son des violons, ils commencèrent un petit jeu à deux, proche du jeu du chat et de la souris. Elle le laissait la conduire tantôt à gauche, tantôt à droite, la tenant par la taille et la faisant tourner avec légèreté dans un tango peu orthodoxe.

« Qu’est-ce qui m’a trahi ? » l’interrogea-t-elle.

« Comment cela ? »

« Le tango. Une danse qui ne naîtra pas avant plusieurs siècles. »

« Que vous maîtrisez à merveille au passage. »

« Vil flatteur. Comment avez-vous su que je n’appartenais pas à cette époque ? »

« Un voyageur du temps garde toujours ses secrets. »

« C’est la coiffure, sans doute ? On n’a jamais vu un chignon si sophistiqué sur ce continent farfelu, ni même dans tout l’océan Indien. »

Imperceptiblement, elle avait imposé son rythme et menait désormais la danse.

« Votre masque. » répondit-il. « Il est fixé à votre tête à l’aide d’un élastique. Et nous sommes bien avant l’invention du caoutchouc »

« Je vois que vous avez l’œil. »

Lui prenant délicatement le bras, il l’entraîna sur la droite et repris peu à peu l’ascendant sur leurs pas de danse.

« Quelles mauvaises intentions vous emmènent sur ce continent exotique ? Car elles sont mauvaises, n’est-ce pas ? »

« Sachez que je suis aussi innocente que le chaton qui vient de naître. »

« Pas de cela entre nous voyons. Quelles raisons aurions nous de voyager dans le passé si ce n’est pour répandre le chaos et la destruction partout où nous passons ? Moi-même je ne suis pas venu à cette fête pour l’amour de la danse… »

Elle resserra férocement son emprise sur la taille de son cavalier.

« Pas touche, mon loup. Cette soirée, c’est chasse gardée. J’ai déjà tout prévu pour que la Lémurie rejoigne le rang de légende d’ici minuit. »

« Voyez-vous cela. Et comment comptez-vous vous y prendre ? »

« Vous savez sans doute que cette célébration a pour but de célébrer l’éclipse lunaire qui aura lieu dans quelques heures. »

« En effet oui, pour honorer la déesse de la lune. »

« Et elle aura bien lieu. Mais ce ne sera pas la terre qui projettera son ombre sur la lune. C’est un gigantesque vaisseau de la flotte sontarienne, une des races les plus meurtrières de la galaxie. Ils sont quelque peu en rogne contre ce continent depuis que j’ai créé de toutes pièces une déclaration de guerre des Lémuriens à leur égard. Au moment où je vous parle, leur régiment est en position. Ils n’attendent que mon signal et ils ont pour politique de ne laisser aucun survivant. »

« Aucun survivant ? Quelle cruauté ! Tout ce que j’aime! »

« Il faut les comprendre, il n’y a vraiment rien de plus agaçant qu’une population en avance sur son temps. Regardez-les ! Ils excellent en astronomie, sont passés maîtres dans l’art de la navigation et leurs compétences en architecture dépassent l’entendement. Franchement, un palais entièrement taillé dans du cristal, ça frise le grotesque. »

« Certainement. »

« Et quand on a pour ambition de mettre une planète sous sa coupe, on a plutôt intérêt à ce que ses habitants ne soient pas trop civilisés. C’est pourquoi de temps en temps, je fais un peu le ménage. »

L’homme eut un petit rire suffisant.

« C’est très mignon tout cela, mais entre nous, pensez-vous réellement pouvoir annihiler toute une population en l’espace d’une soirée ?»

« Si je le pense ?Avez-vous entendu parler de l’Atlantide ? »

« Évidemment. »

« D’aucun affirme qu’un gigantesque tsunami serait à l’origine de sa disparition. Mais la réalité est bien plus amusante. »

« Laissez-moi deviner : un autre de vos exploits ? »

« Et pas des moindres : j’ai invoqué ni plus ni moins que le dieu Kronos, dont la colère a réduit en poussière l’île et ses habitants en un éclair. »

«Amusant. Quoi qu’assez anecdotique, si l’on compare cela à ce qui est arrivé au continent perdu de Mu. »

« Tiens donc ? Et que lui est-il arrivé ? »

« Eh bien, je n’aime pas me vanter mais disons qu’après mon passage, le continent entier s’est retrouvé englouti sous les eaux du Pacifique. Ses habitants, en revanche, ont eu la chance de mener une vie longue et douloureuse : ils ont servi de cobayes à mes expérimentations sur l’adaptation des humains en milieu hostile. Ces petites choses s’adaptent de façon étonnante, croyez-moi. »

« Ah ah ! Amateur ! Si vous saviez dans quel état j’ai laissé les habitants du Kumari Kandam ! »

« Peuh ! Si vous saviez le sort que j’ai réservé à la Syldavie ! »

« L’Arcadie! »

« L’hyperborée ! »

« La Finlande ! »

« La Finlande n’a pas disparu. »

« Pas encore. » fit-elle avec un sourire énigmatique.

Le prenant par surprise, elle le fit tourner à son tour. Agacé de s’être laissé guidé, il l’agrippa fermement par la taille et enchaîna une série de pas nerveux, manquant au passage d’écraser les orteils de sa cavalière.

« En fin de compte, vous êtes un piètre danseur. » maugréa-t-elle.

« Et vous, une partenaire pour le moins inconstante. »

« Vous m’insupportez. »

« Vous me répugnez. »

Alors que la musique s’éteignait lentement, il la fit basculer lascivement vers l’arrière, la retenant au dernier moment pour plonger son regard dans le sien. Un regard étrangement familier. Leurs visages se rapprochèrent doucement, délicatement, avant d’être brutalement séparé par une secousse qui fit basculer la femme masquée. La piste de danse tremblait avec fracas, comme si la terre était prise d’épilepsie.

« On ne peut dire que vous ne faites pas dans la demi-mesure, très chère ! »

« Non…ces secousses ne sont pas de mon fait ! Mon plan devait venir du ciel, rappelez-vous. »

« Vous voulez dire que… »

« Oui. Il s’agit bien d’une catastrophe naturelle. C’est bien ma veine… »

« Je suggère que nous courions. »

« Plutôt deux fois qu’une, mon pote. »

***

Une fissure très nette se dessinait en plein cœur du palais de cristal, provocant la panique des convives qui se bousculèrent dans un vacarme assourdissant vers l’immense escalier. Missy et son cavalier en dévalèrent les marches quatre à quatre, devançant de peu le séisme qui ébranlait le bâtiment, s’effritant sous leurs pas en un million de miettes scintillantes. Une pluie de verre s’abattait sur la colline tremblante, sous le regard agacé de l’infortunée dame du temps.

« Battue par la nature, quelle déconvenue…Et mon vaisseau qui est garé beaucoup trop bas ! Nous ne l’atteindrons jamais à temps ! »

« Soyez sans crainte, j’ai une porte de sortie. »

Il l’entraîna vers une des immenses statues d »argent qui marquaient l’entrée du palais, révélant une petite porte à l’arrière de son socle. Avant que le sol ne se dérobe sous leurs pieds, ils s’y engouffrèrent précipitamment.

Derrière la porte, c’était la pénombre. Seul les lumières clignotantes de la console centrale éclairaient faiblement la salle, surmontées par une série d’anneaux tourbillonnants. En guise de décoration, une multitude de créatures difformes, de taille et de consistance variables, gisaient mollement dans des bocaux de formol. Elle ne put s’empêcher de sourire en reconnaissant l’endroit.

« Je vois que la déco n’a pas trop changé. On ne peut pas en dire autant de ta carrure. »

L’inconnu retira son masque, un rictus aux lèvres. Sa mâchoire carrée était ornée d’un bouc soigneusement taillée, coquetterie qui rappela à Missy sa lointaine jeunesse. Seul le regard demeurait inchangé, intelligent et fourbe à la fois.

«Ce petit contretemps est pour le moins fâcheux, mais la soirée n’est pas fini. » déclara-t-il en pianotant sur le tableau de bord de son TARDIS. «Tu avais parlé de rayer la Finlande de la carte, je crois. Je propose de leur rendre une petite visite. »

« Comment faut-il t’appeler maintenant ? Rex, c’est bien cela ? »

« Tout à fait. C’est du latin, cela veut dire ‘roi’. Je ne pouvais pas continuer à me faire appeler ‘la rani’, tu t’en doutes bien… »

Umanimo (Texte)

Jeux de billes

Zuirq gratta son énorme nez. Non que le nez de Zuirq fut disproportionné. Avec ses dix mètres de long, il allait parfaitement au visage d’un enfant de cent-six ans, appartenant à la race des Epils. Il était juste énorme par rapport à son environnement. Ce qui donne une idée de la taille de Zuirq lui-même.

Le Docteur l’avait pourtant installé dans la plus vaste pièce du TARDIS. Cependant, le bambin se cognait un peu partout dans cet entrepôt vide que le Seigneur du Temps avait tenté de rendre confortable pour son hôte.

Pour l’instant, Zuirq jouait aux billes, un bout de langue aussi gros qu’une vache coincé entre des dents de la taille d’une massive armoire normande.

Pendant ce temps, appuyé à la console, le Docteur songeait à ce qui venait de se passer et son humeur était mélancolique. Il avait sauvé Zuirq du massacre de ses congénères, dont le vaisseau avait été attaqué par des pirates de l’espace, et le petit garçon – ou du moins, l’individu masculin non encore parvenu à l’âge adulte – en était le seul survivant. Le TARDIS filait à travers le vortex pour le ramener vers sa planète où on prendrait soin de lui.

« Tiens, murmura le Seigneur du Temps. Nous ne passons pas loin de la Terre. J’ai bien envie d’y faire une petite pause, histoire que la contemplation de ce joli monde bleu me remonte un peu le moral. »

Tout en tendant une oreille vers l’intérieur de son vaisseau, au cas où l’enfant l’appellerait, le Docteur ouvrit les portes de sa machine spatiotemporelle, arrêtée dans la haute atmosphère de Sol 3, et se plongea dans une rêverie où entrait autant de bons moments que de mauvais.

Son exil et les amis d’UNIT.

Ses tribulations avec Sarah Jane.

« Leela, ma sauvage. »

Romana qu’il avait laissé poursuivre son existence avec les Tharils.

Adric, Nyssa et Tegan, trois jeunes gens avec de grandes qualités et autant de défauts.

L’étrange Turlough.

Et enfin, sa dernière compagne, Peri, elle aussi partie vers son destin. Il n’avait pas encore rencontré Mel et voyageait seul… sauf lorsqu’il transformait le TARDIS en nursery, comme à ce moment-là.

Il en était là de ses réflexions, lorsqu’un grondement lointain lui parvint. Un grondement qui se rapprochait. Il lui fallut quelques minutes pour en déterminer la cause.

« On dirait quelque chose qui roule. »

« Quelque chose de dur. »

« Quelque chose de dur et de très gros. »

« Comme une grosse boule, par exemple. »

Il s’exclama : « Les billes ! » au moment où la première franchissait la porte intérieure avec un raclement sourd.

Il arriva à l’éviter dans une volte digne du meilleur des matadors. Les pans multicolores de son manteau se crurent un instant la réincarnation de la muleta.

Le Seigneur du Temps n’avait pas plus tôt fini son mouvement qu’une autre des gigantesques boules se précipitait vers lui. La première devait être de taille normale, mais celle-ci était au moins du genre calot, voire mammouth. Avec un cri étranglé, le Docteur ramassa ses kilos surnuméraires, sauta sur la console et la regarda passer à quelques centimètres de son refuge. Elle fut suivie par une longue file d’autres, de tailles et de couleurs différentes, mais tout aussi meurtrières, si elles avaient réussies à heurter n’importe quel individu de la corpulence d’un Humain moyen.

« Rassilon ! s’écria à nouveau le Docteur. La porte ! »

Les battants étaient restés grand ouvert et les billes de Zuirq se déversaient vers la planète bleue. L’enfant Epil lui-même se manifesta, sous la forme d’un œil bleu apparaissant à l’ouverture intérieure, comme s’il regardait par le trou d’une serrure.

« J’ai fait tomber mon sac de billes, marmonna-t-il, l’air contrit.

– J’ai vu ça », répondit le Seigneur du Temps avec plus d’aigreur qu’il n’aurait dû.

Il se radoucit aussitôt devant la mine penaude du bambin.

« Ce n’est pas grave, Zuirq, je t’en achèterais d’autres. »

En attendant, il ne pouvait toujours pas descendre de son perchoir, les énormes boules continuant à rouler à travers la salle de commandes, heurtant parfois la console et tombant en pluie lithographique vers la surface de la Terre. Le TARDIS en était suffisamment proche pour qu’aucune d’entre elles ne subissent le sort des météorites et ne se consument dans l’atmosphère. Elles arriveraient donc intactes au sol, à part peut-être leur peinture.

« Je me demande où elles vont atterrir », songea le Docteur.

Puis il se souvint d’un des mystères qui occupaient les Humains depuis le milieu du XXe siècle : les sphères mégalithiques trouvées essentiellement au Costa Rica, mais aussi dans toute cette partie du continent américain.

Alors le Docteur fut secoué d’un grand éclat de rire. Se tenant les côtes, il balbutia entre deux hoquets :

« Ce sont les bibi… les bibi… les bi… billes de Zuirq ! »

Il se promit de ne jamais révéler aux Humains la provenance de ces étranges boules.

« De toute façon, ils ne me croiraient pas. »

FIN

À bientôt, pour un prochain Artisons

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