Silence et ne clignez pas !

Le thème Classic Doctors New Monsters vous a passionné, semble-t-il. Pas moins de dix participants, sans compter un autre qui n’a pas pu finir à temps et qui nous régalera peut-être de sa production un peu plus tard. Voici donc dessins, textes et photo-montages qu’il vous a inspiré.

(Cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

Flavichou (photo-montage)

Jelly Sweet (fanart)

Johannes (fanart)

Laureline (fanarts)

Laurie Léonie François (photo-montage)

Lise Hamaide (fanart)

Marie Valerio (texte)

Dessine-moi un monstre

« Euh…professeur ? »

« Pas maintenant Ace, j’essaie de résoudre un problème extrêmement complexe. »

« Il y a des images vraiment bizarres sur votre écran. »

« Comment cela ? »

« Je sais pas, un mec avec un sèche-cheveux géant. »

Intrigué par cette description, le Docteur se désintéressa de son Rubik’s cube et s’approcha de la console du TARDIS. Sur l’écran central, un jeune homme blond souriant de toutes ses dents blanches nettoyait son garage avec un enthousiasme débordant.

« Avec le Tornado 3000, chassez la poussière à la vitesse de la lumière ! Grâce à son souffle surpuissant, vous éliminerez les feuilles mortes et les voisins envahissants de votre jardin en un clin d’œil ! »

« Intéressant. On dirait bien que nous subissons une attaque de publicités intrusives. »

« Ça a l’air dangereux son truc. »

« Rien d’étonnant cela dit. D’après les coordonnées, nous sommes actuellement en orbite autour de Clom. »

« Vous avez passé des vacances pourries ? Vous souhaitez oublier votre ex ? Dites adieu aux mauvais souvenirs avec les pilules Amnesiak ! Effet garanti et instantané !»

« Clom ? »

« Clom. »

« Et c’est mauvais signe ? »

« A priori, il n’y a rien à craindre des habitants de cette planète. Ils n’ont jamais été impliqués dans un conflit intergalactique quelconque, ce sont avant tout des commerçants. Ils ont juste cette tendance agaçante à la surconsommation… »

« Découvrez le Dessinatron, un nouveau jouet révolutionnaire pour petits et grands ! Plus besoin de papier et de crayons, le monde entier sera votre table à dessin ! »

« Il n’y aurait pas un moyen de se débarrasser de ces pubs idiotes ? »

« C’est l’occasion rêvée de tester ce nouveau bloqueur de publicité de mon invention. J’ai toujours su que cette trouvaille me serait utile à l’avenir. Mais dis-moi… »

« Quoi ? »

« Tu entends cela, toi aussi ? »

Le Docteur et sa compagne collèrent leur oreille à l’écran. Par-delà les boniments du présentateur du jouet, on percevait en effet une faible plainte.

« Ai..ai…aidez-moi. »

La jeune fille se redressa d’un bond.

« Ça, c’est carrément mauvais signe, professeur. »

« Tu as raison, Ace. On dirait bien que quelqu’un près d’ici a besoin de nous. »

« J’ai créé le Dessinatron pour que tous les enfants de l’univers puissent laisser libre cours à leur imagination. Ils pourront le transporter partout avec eux pour remplir la galaxie de leurs créations ! »

Le Docteur considéra avec suspicion le gros homme jovial que la publicité présentait comme l’inventeur du Dessinatron, une sorte de casque surmonté d’un large disque lumineux.  Un encadré dans le coin droit de l’écran précisait son nom et sa fonction.

« Attendez-vous à recevoir une petite visite, monsieur…Victor Kennedy. »

*******

Victor Kennedy suait à grosses gouttes. Il savait que cette présentation pouvait lui coûter sa carrière, son honneur, sa vie de famille et le respect de tous ses collègues s’il faisait le moindre faux pas. Mais cela pouvait aussi être l’occasion rêvée d’obtenir la promotion qu’il espérait tant. S’efforçant de dissimuler son stress, il s’empressa de conclure le discours qu’il avait répété si longtemps devant le miroir de sa salle de bain :

« …et grâce à son design pratique et facile à transporter, les enfants de tout l’univers pourront l’amener partout avec eux et remplir la galaxie de leurs créations. »

Les actionnaires de la compagnie de jouets l’observaient laconiquement derrière leurs lunettes à verres fumés. Difficile de savoir si sa démonstration les avait convaincus ou pas. Il retira nerveusement le casque de son crâne et se prépara à recevoir la salve de questions habituelle.

« Peut-on sauvegarder ses créations avec ce modèle ? »

« On peut conserver ses créations aussi longtemps qu’on le souhaite. Quand on ne le souhaite plus, il suffit de choisir l’option EFFACER. »

« Le modèle est personnalisable ? »

« Disponible en différents coloris, en version voyage et prochainement en version familiale. »

« Obsolescence programmée ? »

« Naturellement, au bout de deux ans. Et nous avons d’ores et déjà prévu une série de 17 extensions afin que les parents ne cessent jamais de consommer. »

« Très bien, nous allons étudier la question. Je crois savoir que le quatrième projet que vous soumettez à notre comité ? »

« Euh…le cinquième, à vrai dire. »

« Intéressant. Espérons que la cinquième fois soit la bonne. »

Victor Kennedy ravala sa salive. Il savait pertinemment qu’au bout de cinq échecs, il serait renvoyé définitivement de la compagnie. Et pas par la grande porte, mais par le tuyau d’évacuation des eaux usés, comme il était d’usage quand un employé déshonorait son entreprise.

Il tenta de se rassurer, repassant en boucle sa présentation dans sa tête alors qu’il quittait les locaux de la compagnie. Il y repensait toujours dans la capsule qui le ramena à son domicile, et y repensa encore dans le canapé de son salon.

« Papa, tu viens jouer à la console avec moi ? »

« Papa est épuisé, Grant. Pourquoi tu ne vas pas plutôt t’amuser avec tes jouets ? Tu passes assez de temps comme ça devant ton écran. »

« Mais papa, tu es toujours fatigué en ce moment. C’est pas rigolo de jouer tout seul. Et puis, j’en ai marre de mes jouets. Pourquoi tu ne me laisse pas essayer ton nouveau casque ? »

« C’est une version béta, fiston. C’est loin d’être au point. On ne sait pas ce qui pourrait… »

« Tu ne m’aimes plus, c’est ça ? »

« Mais si enfin, là n’est pas la question… »

Le gamin plissa les yeux très fort et tordit sa bouche en une moue boudeuse, annonciatrice d’une crise de larme effrénée. Victor soupira d’embarras. « Après tout, » songea-t-il « qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? »

« Tiens, mon grand. Tu as le droit de l’essayer, mais uniquement dans la salle de jeux. Amuse-toi et laisse papa se reposer, tu veux bien ?»

Les yeux brillants de joie, le petit Grant enfila le casque et se précipita dans sa salle de jeu, impatiemment de tester la dernière création de son père.

« Je vais dessiner une soucoupe volante » décida-t-il tout d’abord.

Il avait vu son père utiliser l’appareil suffisamment de fois pour savoir que son fonctionnement était très simple : il suffisait de fermer les yeux et de se représenter trait par trait l’objet que l’on souhaitait tracer. L’enfant imagina un vaisseau ovoïdal à la coque éclatante, doté d’une cabine spacieuse et de propulseurs flamboyants. Quand il ouvrit les yeux, le vaisseau se forma instantanément à ses pieds, plus petit qu’il ne le souhaitait mais conforme à ce qu’il avait en tête.

« Je ne rentrerai jamais dedans » se dit-il. « Je dois trouver un pilote pour ce bolide. »

Le pilote de ce vaisseau d’exception devait forcément venir d’une galaxie lointaine : Grant imagina un petit monstre à la peau verdâtre, aux oreilles pointues et aux doigts crochus coiffés d’une houppette de poils noirs sur le crâne. Quelques coups de crayons virtuels plus tard, la bestiole se tenait devant lui, le fixant de ses petits yeux ronds malicieux. À sa grande surprise, il lui fit un petit signe de la main.

« Mais…tu bouges ! C’est incroyable ! C’est vraiment génial ce que papa a fabriqué ! »

La créature s’approcha de lui d’une démarche pataude et se mit à tirer avec insistance sur la poche de son pantalon.

« Qu’est-ce qu’il y a ? C’est ça que tu veux ? »

Il sortir de sa poche une barre chocolatée à moitié entamée, qui fit briller de convoitise les yeux du petit extra-terrestre. Il s’en empara aussitôt et la goba tout rond.

« Formidable… » murmurait l’enfant, fasciné.

*******

« C’est dingue professeur, tout est immense ici. »

Les rues de la planète Clom était un patchwork hystérique d’affiches, de panneaux publicitaires et d’écrans géants qui s’étalaient sur des gratte-ciels de plusieurs centaines de mètres, écrasant totalement les habitants qui se pressaient le long des trottoirs étroits. À chaque coin de rue, des jingles publicitaires résonnaient inlassablement

« J’en avais entendu parler bien sûr, mais ça reste un spectacle étonnant. » approuva le Docteur. « Cette planète est un véritable supermarché géant. 95 % de sa population se consacre au marketing et à la vente de camelote en tout genre, et ce grâce à l’exploitation de matières premières qu’elle exporte de sa planète jumelle… »

« Ah oui, Raxacoricofallapatorius. »

Le Docteur jeta à Ace un regard stupéfait.

« Je me suis entraîné à le prononcer dans la salle de bain. »

« Je n’en attendais pas moins de toi. Maintenant, reste à savoir comment trouver notre homme dans cet immense cité. Cela pourrait nous prendre des jours pour… »

« C’est pas lui, le gros là ? »

Ace pointa du doigt une statue massive qui gardait l’entrée d’une tour allant se perdre dans les nuages. Le bonhomme, rondouillard et grisonnant, ressemblait en effet fortement à Victor Kennedy, d’autant qu’il portait sur la tête le fameux casque miraculeux.

« Drôle de goûts en déco, le bonhomme. »

« Voilà surement le bâtiment dont provenait l’appel à l’aide. Voyons si nous pouvons rencontrer l’homme en chair et en os. »

*****

Dès son retour de l’école, Grant se précipita dans sa chambre. Il avait un peu de temps devant lui avant que son père rentre du travail, assez pour pouvoir jouer avec son nouvel ami.

Dans un premier temps, son père avait refusé qu’il garde la bestiole.

« Les êtres vivants créés avec le Dessinatron sont encore trop instables. On ne sait pas ce que cela pourrait donner. »

Ses nombreuses crises de larmes n’y ayant rien changé, l’enfant s’était résolu à cacher la créature dans le placard de sa chambre, lui intimant l’ordre de rester enfermé jusqu’à son retour à la maison.

« Tiens, ça devrait t’occuper pendant que je suis absent. » lui avait-il en lui tendant l’écran de sa télé portable.

Il retrouva donc son improbable compagnon à l’endroit où il l’avait laissé, les yeux rivés sur un écran où défilaient des publicités en tout genre.

« J’espère que je t’ai pas trop manqué ! Papa ne veux plus que je joue avec son casque, mais je suis sûr qu’on peut te fabriquer un super vaisseau spatial. Mais…qu’est-ce que tu manges ? »

La créature mâchonnait goulûment un morceau de tissu bleu vif qui pendait le long de ses lèvres. Grant lui arracha de la bouche.

« Mais…c’est mon pantalon ! Oh lala, maman ne va pas être contente si elle voit ça. »

L’enfant réalisa alors avec horreur que le petit monstre avait dévoré la totalité du contenu de son placard, dont il ne restait plus que des lambeaux de vêtements gisant pitoyablement sur le sol.

« Mais tu es complétement malade ! Je vais le dire à papa et il va t’effacer ! »

À ces mots, la créature ouvrit une large à gueule et se mit à rire, d’un petit rictus méchant et sournois qui laissa apparaître de larges crocs. Grant ne se souvenait pas avoir dessiné cela.

*******

Le hall d’entrée du bâtiment où venaient de s’engouffrer le Docteur et sa compagne était envahi par une foule compacte. Sur une petite estrade, un jeune homme en uniforme criard effectuait une démonstration du Dessinatron.

« …et maintenant, j’aurai besoin d’un ou deux volontaires dans l’assistance. »

Le Docteur leva bien haut le manche de son parapluie.

« Ici ! Ma jeune amie et moi aimerions essayer ce casque. »

« Magnifique ! Venez me rejoindre sur la scène. »

Le Docteur et Ace reçurent chacun un exemplaire du jouet qu’ils revêtirent immédiatement.

« Le Dessinatron est très simple d’utilisation. Vous visualisez simplement l’objet que vous voulez voir apparaître, comme si vous le dessiniez dans votre tête. L’appareil se charge ensuite de le matérialisez. Vous pourrez le toucher et même le prendre dans vos mains. Essayez, monsieur. »

Le Docteur ferma les yeux et prit un air de concentration intense. Au bout d’un certain temps, une sorte de gros cube se traça laborieusement sur la scène. Il la ramassa et la brandit vers le public qui applaudit à tout rompre.

« C’est une boîte »clama-t-ilavec fierté.

« Dis-donc professeur, vous n’êtes vraiment pas doué en dessin… »

« Ah oui, tu trouves ? Je t’en prie Ace, régale-nous de tes talents. »

La jeune fille ferma à son tour les yeux et fit apparaître un petit coffret rouge surmonté d’une horloge à cadran.

« Formidable ! » s’exclama le démonstrateur. « Mais qu’est-ce que c’est ? »

« Oh, c’est une bombe. »

« Une… quoi ? »

Sous les exclamations du public, la création de la jeune fille explosa en un millier de particules colorés. Le docteur et sa compagne profitèrent de la cohue pour s’éclipser, leurs casques toujours vissés sur la tête.

« Ace, as-tu ce que je t’avais demandé de subtiliser ? »

« Yep, j’ai chopé le pass qu’il avait à la taille. »

« Excellent. Nous allons prendre l’ascenseur. D’après le plan, le bureau de M. Kennedy se trouve au dernier étage. »

Le Docteur brandit son pass devant l’œil électronique de l’ascenseur qui ouvrit ses immenses portes. La jeune fille se précipita aussitôt à l’intérieur. Le Docteur la suivit tranquillement, sa fameuse boîte sous le bras.

L’ascenseur de la compagnie de jouets de Victor Kennedy ressemblait à un petit salon meublé de fauteuils confortables, équipé de machines à café et du perpétuel écran de télévision qui diffusait des publicités pour les produits de l’entreprise. Le Docteur prit place dans l’un des fauteuils et saisit un des magazines qui s’offraient à lui, sous le regard perplexe de la jeune fille.

« Installe-toi, Ace. Vu la hauteur démesurée de ces bâtiments, atteindre le dernier étage devrait nous prendre une heure ou deux. »

« Oh, c’est pas vrai… »

*******

Victor Kennedy était aux anges.

Son projet avait reçu le feu vert. Il allait enfin devenir un cadre important de sa compagnie, les enfants de toute la galaxie s’arracheraient ses jouets. C’est avec une fierté immense qu’il rentrait chez lui ce soir-là, le premier exemplaire officiel du Dessinatron entre les mains.

« Grant ? Où es-tu fiston ? J’ai une surprise pour toi ! Grant ? »

Il lui sembla alors entendre une sorte de râle, un bruit effrayant s’échappant de la chambre de son fils.

« Grant ? Tout va bien ? »

« Je… Je vais bien papa, ne t’en fais pas. »

La voix de son garçon lui sembla étrange. Il poussa la porte de sa chambre pour le trouver recroquevillé sur le sol.

« Qu’est-ce qui se passe, mon grand ? »

« Ri…rien » bredouilla l’enfant en se relevant maladroitement. « Je vais bien, tout va bien. Tu as mon nouveau jouet ? »

Victor Kennedy balaya du regard la chambre du gamin.

« Grant ? Tu as bien effacé ta bestiole bizarre comme je t’avais dit de le faire ? »

L’enfant le fixa d’un drôle d’air, une lueur menaçante dans le regard.

« Donne-moi mon jouet. »

« Ne me parle pas sur ce ton-là ! Et ne me regarde pas avec ces yeux ! Et pas la peine de sortir tes crocs ! Oh mon Dieu, mais qu’est-ce que tu as fait à Grant ? »

*******

Victor Kennedy ne s’attendait pas à recevoir des visiteurs. Il ne s’attendait certes pas non plus à ce que la porte de son bureau explose et qu’une jeune fille en blouson de cuir fasse irruption dans la pièce, suivi par un petit homme étrange brandissant un parapluie dans une main et une mystérieuse boîte dans l’autre.

« Dessiner de la dynamite, ça marche bien aussi ! » s’exclama la jeune fille. « Oh la vache, c’est quoi ce truc ? »

Derrière le bureau de M. Kennedy se tenait un horrible monstre ventripotent, au teint verdâtre et aux oreilles pointus qui les fixait d’un air furibard.

« Qui vous a permis d’entrer dans mon bureau ? »

« Euh, je suis pas sûre que ce soit ton bureau, quoi que tu sois… »

« Qu’avez-vous fait de Victor Kennedy ? »

La créature eut un rire gras et sadique.

« Vous voulez parlez de ce type ? »

Sous les yeux des deux intrus, elle se transforma alors en un petit homme grisonnant en costume-cravate avant de reprendre son apparence initiale.

« J’ai absorbé Victor Kennedy ! Comme j’ai absorbé son fils, et le patron de cette compagnie, et tous ceux qui se sont mis en travers de ma route ! Et comme j’absorberai tous les habitants de cette planète jusqu’à ce que je sois rassasié. »

« C’est répugnant. » dit Ace. « Un gros truc vert qui absorbe tout ce qu’il touche… »

« Stupéfiant. » commenta le Docteur. « Je n’ai jamais rien vu de pareil. Une sorte d’abzorbatrix…d’abzorbavore… »

« D’Abzorballof ! » s’exclama Ace.

« Oh, j’aime bien ce nom-là. » approuva la bestiole.

« Qu’est-ce qu’il a sur le corps, professeur ? »

« Eh bien, Ace… Je crains que ce ne soit les visages des malheureux qui se sont fait absorber par cette créature.»

« Je crois que je vais vomir… »

Sur l’épaule gauche de la créature, le visage d’un petit garçon leur jeta un regard implorant.

« Aidez-moi, je vous en supplie. Tout est de ma faute. C’est moi qui l’ai dessiné et au lieu de m’en occuper, je l’ai laissé regarder la télé toute la journée. »

« Je vois. » fit le Docteur. « La frénésie publicitaire qui règne sur cette planète à atteint cette repoussante créature qui n’a alors eu qu’une idée en tête : consommer encore et toujours plus sans jamais être rassasié… »

« Mais alors… Si ce machin est né d’un dessin d’enfant, on doit pouvoir l’effacer, non ? »

« Pas si je vous ingurgite d’abord ! » hurla le monstre.

Sur ces mots, il enjamba son bureau d’un bond et se jeta sur ses deux nouvelles proies, la langue pendante et la bave aux lèvres. Ace porta désespérément les mains à son casque.

« Professeur, comment on fait pour effacer avec ce bidule ?

« Ace, pourrais-tu m’aider à ouvrir ceci ? »

« Mais vous allez arrêter avec cette boîte ? »

« Fais-moi confiance. Aide-moi. »

Alors que la créature tendait vers eux ses trois doigts crochus, Ace et le Docteur ouvrirent la boîte que celui-ci gardait précieusement sous le bras et la brandirent face à l’Abzorbaloff. Son horrible patte fut alors aspirée par une force irrésistible qui l’entraîna à l’intérieur du cube.

« Mais…qu’est-ce que… C’est impossible ! Je suis absorbé ! »

Dans un grand cri d’horreur, le monstre vit son bras entièrement avalé par la boîte. Puis son épaule. Puis sa tête. Puis son torse. Bientôt, il disparut tout à fait à l’intérieur du cube que le Docteur et sa compagne s’empressèrent de refermer.

« Professeur…qu’est-ce qu’il y avait dans cette boîte ? » demanda Ace, essoufflée.

« C’est très simple Ace, il y avait un miroir. » répondit le Docteur avec malice. « La seule chose capable d’absorber un Abzorbaloff, c’est un autre Abzorbaloff. »

« Mais alors… Depuis le début cette boîte renfermait de quoi battre ce monstre ? »

« Ce qui compte dans un dessin, ce n’est pas ce qu’il montre, mais ce qu’il cache. »

*******

Après bien des déboires pour expliquer les nombreuses explosions qu’ils avaient causées, le Docteur et Ace remirent la boîte aux autorités compétentes, leur ordonnant formellement de ne l’ouvrir sous aucun prétexte. Des hurlements s’échappaient fréquemment de celle-ci :

« Je te retrouverai, Docteur ! Je sortirai d’ici et je t’absorberai, peu importe le temps que cela prendra ! »

Ignorant ces menaces, le Docteur et la jeune fille retournèrent au TARDIS où ils purent enfin retrouver un peu de calme.

« Professeur, vous êtes sûr de ne pas vouloir effacer l’Abzorbaloff ? Et si quelqu’un le libérait ? »

« Cela serait possible, mais cela signifierait aussi effacer les pauvres victimes que ce monstre avait absorbé. »

« Espérons que quelqu’un parvienne à libérer ces malheureux. »

« Espérons surtout que nous n’ayons plus à croiser ce monstre sur notre chemin. »

Ace repensa avec dégoût à la créature adipeuse et aux visages terrorisés incrustés dans sa peau.

« Professeur ? »

« Ace ? »

« Est-ce qu’on peut se mettre d’accord pour oublier ce qu’on a vu là-haut ? »

« Je n’y vois aucun inconvénient. D’ailleurs, j’ai justement ce qu’il faut pour nous aider à nous remettre de cette rencontre. »

Il sortit de sa poche un petit flacon remplit de comprimés multicolores.

« Adieu les mauvais souvenirs avec les pilules Amnesiak ! Effet garanti et instantané !»

Othario Pertwee (fanart)

Pauline Cadart (texte)

Le TARDIS se matérialisa dans une clairière sombre. Le Docteur inspecta le scanner d’un air suspicieux. Ce n’était pas vraiment l’idée qu’il avait en tête lorsqu’il avait proposé à sa compagne d’aller dans une station balnéaire réputée dans le système de Gaxian IV, mais il le savait, son vieux vaisseau ne se posait jamais nulle part par hasard. L’idée n’enthousiasmerait sans doute pas sa compagne, mais il venait de troquer leurs maillots de bain pour des bottes en caoutchouc et une parka.

L’entendant arriver dans le couloir, le Docteur éteignit le scanner et l’attendit avec un grand sourire.

« Ah, Peri ! Enfin prête !

– Nous sommes arrivés ? S’enthousiasma la jeune femme, ajustant sa chemise nouée, son mini-short multicolore et son ruban à cheveux assorti, avant de poser une large paire de lunettes de soleil sur le bout de son nez.

– Oh que oui ! Reprit le Docteur en se dirigeant à son tour dans le couloir, revenant peu après affublé d’une cape cirée et de son splendide parapluie multicolore.

– Ce n’est pas la tenue idéale pour profiter de la plage, s’amusa Peri. Ou bien vous vous êtes encore trompés et nous ne sommes pas du tout sur Gaxian IV.

– Peri, Peri, Peri… Je ne me trompe jamais ! » S’offusqua le Docteur en se rendant à la porte à grand pas.

Peri le suivit en marmonnant « ça se saurait ! ». Aussitôt dehors, elle fit néanmoins demi-tour en grelottant.

« Docteur ! S’indigna-t-elle. Il fait froid, il fait humide… Bref, il fait moche ! Vous m’aviez promis une plage de sable fin bleuté, une eau brillant comme une mer de saphir, et vous me donnez les forêts du Mont Baker à l’automne !

– Peri, il me semblait avoir été clair sur ce point : si le TARDIS veut aller quelque part, nous le suivons ! »

Un brusque hurlement les interrompit. Ils échangèrent un regard, puis le Docteur s’élança à travers les bois, devenant rapidement un vague éclair coloré zigzaguant entre les arbres. Peri soupira et s’élança à sa poursuite en se frottant les bras et les cuisses.

Elle le retrouva près d’un fourré, analysant le sol couvert de feuilles mortes, de glands et de champignons. Elle commença à parler, mais il lui fit signe de se taire.

« Regarde ça, Peri ! Lança-t-il avec excitation. Quelque chose s’est produit ici. Regarde les marques au sol. Quelqu’un était ici. Quelqu’un qui arrivait de là-bas, au nord, en courant. Et les traces s’arrêtent juste à côté de cette souche.

– Passionnant, Docteur, s’impatienta Peri, transie par le froid. Si vous avez terminé de cueillir des champignons pour le déjeuner, il serait peut-être temps de retourner au TARDIS, non ?

– Retourner au TARDIS ? S’amusa le Docteur. Ton problème, Peri, c’est de ne pas voir l’opportunité du moment présent. Tu veux retourner au TARDIS ? Vas-y donc ! Je travaille toujours mieux quand on ne traîne pas dans mes pattes en bougonnant, de toute façon. Tu veux rater le meilleur de cette aventure ? A ton aise ! »

Peri, dépitée, reprit la route vers le TARDIS. Jamais cette satanée cabine n’arrivait à bon port, ne serait-ce qu’une seule minuscule fois. Non, il fallait toujours faire des détours, répondre aux signaux de détresse, aller secourir un randonneur ayant crié un peu fort au milieu d’une forêt. Peut-être celui-ci avait-il en réalité tenté d’imiter le cri d’un animal et était reparti sur ses pas après sa tentative infructueuse ? Peut-être avaient-ils tous les deux rêvé ce cri ?

Elle alla se réchauffer dans sa chambre mais, au bout d’une vingtaine de minutes, fut lassée d’attendre le Docteur qui était manifestement resté près de sa souche. Elle enfila un épais blouson, un pantalon en velours et de larges bottes, avant de prendre sur sa coiffeuse un baladeur flambant neuf qu’elle avait acheté lors d’une de leur escapade récente dans l’Angleterre de la fin des années 80. L’appareil lui rappelait chez elle avec une certaine nostalgie. Elle posa son casque sur ses oreilles, rembobina la cassette de Madonna qui s’y trouvait et lança la lecture, avant d’enfoncer le baladeur et ses mains dans ses poches et de retourner à l’extérieur du TARDIS.

Il faisait encore plus sombre qu’avant, la nuit commençant doucement à tomber. Peri se félicita d’avoir enfilé le blouson, la température ayant encore chuté. Elle se dirigea avec lenteur vers l’endroit où se trouver le Docteur, secouant la tête au rythme de la musique. Elle s’immobilisa soudain, sentant comme une présence. Regardant les alentours et ne voyant rien, elle reprit sa marche, la tête ailleurs.

Le Docteur finissait de récolter des échantillons à analyser près de la souche lorsqu’il entendit un hurlement. Se redressant avec vivacité, il courut d’un pas svelte en direction du cri, avant de s’arrêter, éberlué.

Il fixait l’arbre devant lui, un large chêne sombre d’où sortait très distinctement un bras, immobile, pointant dans sa direction, ainsi que le haut d’un crâne, visible jusqu’aux yeux. Le reste du corps semblait avoir été aspiré par l’arbre.

« Peri ! » Cria le Docteur, reprenant ses esprits.

Il tira sur le bras de la jeune femme, attirée de plus en plus au cœur de l’arbre. Sans succès. Il remarqua alors qu’autour des oreilles de Peri, ou plutôt autour du casque audio qu’elle portait, le bois semblait en mouvement. Il s’approcha, saisit un écouteur et le plaqua contre le tronc qui se mis à vibrer. D’étranges insectes s’échappèrent de l’arbre, surgissant de nulle part comme s’ils sortaient de l’écorce elle-même, avant de disparaître à nouveau plus haut dans le tronc aussi vite qu’ils étaient apparus, secouant au passage les petites antennes lumineuses qui décoraient leurs têtes.

« Des Dryades, souffla le Docteur. Peri, concentre-toi sur ma voix. Peri, est-ce que tu m’entends ? Garde bien ce casque, c’est ta seule chance. Ils ont l’air de réagir au son. Tant que tu t’accroches à ta musique, ils n’arriveront pas à te dévorer. Concentre-toi sur ta musique. Je reviens au plus vite. »

Il s’élança à toute vitesse vers le TARDIS et se précipita dans un placard pour une sortir une large enceinte qu’il ramena aussi vite que possible près de Peri. Il aperçu le baladeur qui pendait de l’arbre, le câble des écouteurs coincé à l’intérieur du tronc. Il débrancha les écouteurs et, alors que Peri était aspirée presque entièrement par les Dryades, il brancha le baladeur sur les enceintes, le volume poussé au maximum. Les Dryades se dispersèrent sous le refrain de Like A Prayer résonnant dans toute la forêt, relâchant au passage Peri qui prit une large bouffée d’air.

« Il faut parti d’ici au plus vite, » la pressa le Docteur, l’aidant à se relever.

Les arbres longeant la route du TARDIS étaient couverts de Dryades, prêts à les attirer dans le bois pour les dévorer. Le Docteur saisit l’enceinte et ils se mirent tous deux à courir dans l’autre sens. Les Dryades étaient plus rapides qu’eux et, même si le son les empêchait de s’approcher, ils tentaient d’arrêter leur course folle dès qu’ils s’appuyaient sur une racine ou une branche.

Le Docteur et Peri débouchèrent sur une clairière où un homme montait une tente tandis qu’un autre préparait du café sur un feu de camp. Ils regardèrent hébétés l’homme aux cheveux blonds bouclés, à la cape cirée recouvrant un costume multicolore et au parapluie bariolé traverser la clairière à toute vitesse, portant une enceinte diffusant du Madonna aussi fort que possible, suivi par une jeune fille essoufflée. Ils furent encore plus surpris lorsqu’une horde d’insectes les attira, l’un dans le tronc d’un arbre, l’autre dans ses racines, le faisant tomber à la renverse dans le feu de camp.

Le Docteur s’arrêta et regarda quelques instants les Dryades brûler au contact du corps enflammé. Alors qu’ils essayaient de rentrer se protéger dans le bois, celui se mettait instantanément à rougir. La clairière s’embrasa rapidement et Peri, dont la première réaction avait été de vouloir secourir les deux hommes, réalisa qu’il était trop tard. Ils profitèrent de la fuite des Dryades et de la propagation rapide du feu pour retourner en toute hâte au TARDIS. Les Dryades vinrent s’accrocher vainement à la cabine de police, repoussés par les boucliers et par la matière qui n’avait de bois que l’apparence. Le TARDIS se dématérialisa, laissant les Dryades au dépourvu, fuyant le plus loin possible de l’incendie qu’ils avaient déclaré et qui progressait rapidement.

Alors que le Docteur bidouillait la console, Peri revint de sa chambre, à nouveau dans sa tenue de plage.

« Pas de détours cette fois-ci, Docteur ! Lui ordonna-t-elle. J’en ai assez d’être pourchassée par des insectes ou je ne sais quoi d’autres. Pour une fois, s’il vous plaît, je veux juste un peu de vacances. »

Le Docteur lui sourit alors que le TARDIS se matérialisait.

« Eh voilà, Peri ! Gaxian IV ! A toi les plages, la mer, le repos… »

Peri ne l’écouta pas et se précipita plutôt sur la porte qu’elle ouvrit à la volée.

« Docteur, ce n’est pas une plage ! S’indigna-t-elle devant un paysage de plaines grises et désolées. Est-ce qu’un jour vous allez enfin apprendre à piloter le TARDIS convenablement ?

– Je sais très bien piloter le TARDIS, merci bien ! Déclama le Docteur, manifestement vexé. Tu peux tout aussi bien piloter, si tu te crois si maligne ! Bien piloter, tss ! En route, on repart. »

Un hurlement retentit au beau milieu de la plaine. Peri et le Docteur se regardèrent quelques secondes.

« Bon, soupira Peri. J’imagine que je ferais bien d’aller rechercher mon blouson, hmm ? »

Umanimo (texte)

« Qui êtes-vous ? »

Le Maitre examine l’étrange individu élancé qui lui barre le passage. Malgré sa forme générale, il n’est ni Humain ni Seigneur du Temps. Sa tête allongée, aux orbites creuses, sa peau fripée et sa bouche qui n’en est pas une ne sont pas plus humaines que gallifreyennes, de même que ses quatre doigts démesurés.

« Nous sommes les Silences… chuchote la créature d’une voix râpeuse.

– Les quoi… » commence le Maitre.

Entendant un bruit derrière lui, il se retourne, puis fait face à nouveau.

« Qui êtes-vous ? »

Le Maitre examine l’étrange individu élancé qui lui barre le passage. Malgré sa forme générale…

« Attention, songe-t-il. Je viens déjà de penser la même chose. Serais-je coincé dans une boucle temporelle ? C’est surement à cause du Docteur. Il aime bien les boucles temporelles. »

Ses idées deviennent amères :

« Et m’y enfermer dedans encore plus. Comment vais-je me sortir de là ? »

Il recule lentement, son TCE à la main, jette un rapide coup d’œil derrière lui pour ne pas se faire prendre au piège. Et regarde à nouveau devant.

« Qui êtes-vous ? »

Le Maitre examine l’étrange individu élancé qui lui barre le passage. Malgré sa forme…

« Ça recommence ! La boucle se referme. Elle est de plus en plus courte. »

Cependant, son interlocuteur est plus près, maintenant. Comment cela se fait-il ? Si c’était une boucle, il devrait se trouver exactement au même endroit. L’étrange homme lève un bras menaçant et le Maitre ne cherche plus à comprendre. Il tire avec son TCE, réduisant la créature à une silhouette de quinze centimètres.

« Elle ne fera pas mal dans ma collection, marmonne-t-il en la ramassant. Je n’en avais pas des comme ça. »

Il empoche la miniature et s’en retourne vers son TARDIS.

Deux jours plus tard, alors qu’il change de veste, il retrouve l’objet dans une des poches.

« Tiens, s’étonne-t-il, en faisant tourner la poupée au bout de ses doigts. Qu’est-ce que c’est ? On dirait une victime de mon TCE, mais du diable si je me souviens où je l’ai rencontrée. »

Il ajoute en se caressant la barbe :

« Bizarre… Moi qui ais si bonne mémoire. »

 

C’est fini pour cette fois-ci ! Rendez-vous très bientôt pour un nouvel Artisons.

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