Des Vacances de Poche

Un Artisons avec deux thèmes, c’est ce qui va devenir notre quotidien pour ce « concours » de talents. Pour ces mois de février et mars 2018, ils sont les suivants : Les Vacances du Maitre et Dans les Poches du Docteur.

(cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

Johannes (fanart)

Laureline Duroman (fanart)

Lise Hamaide (fanart)

Othario Pertwee (photomontage)

Pauline Cadart (texte)

Le Royal Daisy Intergalactic Resort était réputé être l’hôtel le plus prestigieux du Grand Nuage de Magellan, situé à une juste distance entre le pulsar B0540-69 et la nébuleuse de la tarentule, sur la quatrième lune de Xantebelli VI. Il avait même obtenu quatre années de suite la première place du classement TripExpert, récompensant les meilleurs établissements de loisirs de cette galaxie. Les voyageurs s’y pressaient en trépignant, incapables de tenir en place à l’idée de découvrir les plages privées de sable prune, si fin qu’on aurait pu y nager.

Large chapeau à fleurs aux couleurs criardes, lunettes de soleil larges, grand sac de plage aux rayures bleues et blanches, robe victorienne jurant avec le reste de son accoutrement ; c’est sous cette allure pour le moins curieuse qu’une nouvelle cliente s’approcha du guichet. L’employée n’adressa pas un regard à son accoutrement. Elle avait l’habitude des clients pour le moins originaux. Cette personne ne rentrerait même pas dans le top 100 des looks les plus improbables qu’elle avait vu défiler en seulement trois ans de carrière.

« Bonjour et bienvenue au Royal Daisy Intergalactic Resort, avez-vous une réservation ? Demanda-t-elle avec un sourire si large qu’il aurait pu lui en décrocher les oreilles.

– Non, articula la cliente avec un air doucereux, mais j’ai grandement besoin de vos services. Pour retrouver… une personne en particulier. »

Affalé dans une énorme bouée monstre marin, un cocktail à la main, l’autre grattant sa barbichette grisonnante, des lunettes de soleil opaque sur le nez et un cigare fumant au coin du bec, le Maître dérivait sur la surface calme de la mer d’Uchthankelis, au sud du complexe hôtelier. On peut souvent penser, à tort, qu’être un génie du mal et un travail permanent. Mais comme pour n’importe qui, un congé occasionnel est toujours appréciable. Se vider la tête et bronzer quelques jours avant de repartir à la conquête de l’univers était même au contraire une bonne idée pour renforcer sa productivité. De plus, cette lune était charmante. Elle ferait un bon point de départ pour une nouvelle conquête.

Se laissant bercer par le clapotis des vagues et la lumière aveuglante des trois soleils présents dans le ciel lunaire, le Maître oubliait presque les échecs cuisants qu’il avait enchaîné les derniers temps. Fichu Docteur, toujours dans ses pattes ! Il ne demandait pas grand chose pourtant. Juste un peu de pouvoir, quelques cailloux galactiques à dominer… Si on ne peut même plus compter sur le soutien de ses amis pour accomplir ses rêves !

Porté par ses rêveries, il ne réalisa pas immédiatement la tête de la bouée s’effondrant sur lui alors que l’ensemble se dégonflait rapidement, s’affalant pathétiquement sur son propriétaire. Il s’extirpa de là avec difficulté, crachotant l’eau salée qu’il avait avalé dans le feu de l’action.

« Qui donc ose perturber mes vacances ! Tonna-t-il. Moi, le Maître vous ordonne de répondre. »

Deux mains le tirèrent sous l’eau, l’entraînant de l’autre côté de la bouée. Il ressortit à l’air libre, agacé qu’on lui manque ainsi de respect, surtout pendant ses vacances. Les vacances, c’est sacré, même pour un vilain.

La propriétaire des deux mains le tira vers elle, le laissant se refléter dans ses larges lunettes, les jupons de sa robe victorienne flottant négligemment à la surface telle une grande méduse mauve. Elle le lâcha, ne prétend pas attention aux phrases grandiloquentes qu’il déballait, les « qui êtes-vous ? » et autres « vous m’obéirez ! », passant une main sous son chapeau pour en sortir un objet jaune.

« Tu veux battre le Docteur ? Demanda-t-elle.

– Qui êtes-vous ? Et d’où connaissez-vous ce nom ? Je saurais vous faire parler… et vous faire rembourser ma bouée, par la même occasion.

– Un seul moyen, l’interrompit-elle en lui plaquant dans les mains l’objet jaune, avant de sortir un parapluie auquel elle avait fixé un petit moteur de derrière son dos. Garde-le précieusement. Tu sauras quand t’en servir. Bye-bye ! »

Avant que le Maître ne puisse réagir, elle était déjà loin, à califourchon sur le manche de son parapluie à moteur. Il la regarda s’éloigner l’air circonspect, avant de regarder avec encore plus d’étonnement l’objet jaune.

« Un canard de plastique ? »

« C’est donc à cause de toi que je me promène avec ça dans mes poches depuis plusieurs centaines d’années ? » S’exclama le Maître en sortant le canard de sa poche.

Adossé au même poteau qu’il l’était lorsqu’elle avait sorti le circuit de dématérialisation quelques minutes plus tôt, il soupira en fixant Missy, amusée.

« Tu m’as laissé d’autres surprises du genre au fil de ma vie ou juste ces deux-là ?

– Quelques autres, avoua Missy avec un sourire de coin, chaque chose en son temps. Mais je dois bien avouer que celle-ci était ma préférée. »

Umanimo et Laureline (texte)

Journey into the Scrapyard

Wooosh ! Wooosh ! Wooosh !

« Ah ! s’exclame le Seigneur du Temps, alors que son TARDIS se matérialise. Océania me conviendra parfaitement : plages de sable fin, mers chaudes et rien d’autre à faire que de paresser sous le double soleil. »

La porte s’ouvre et l’homme avance d’un pas, dans le noir complet. Il a juste le temps de penser « Flute, je ne me suis pas matérialisé du bon côté de la planète, c’est la nuit, ici » qu’il tombe, accompagné d’un long hurlement, durant un temps interminable. Puis sa chute est stoppée par quelque chose qui s’enroule autour de sa cheville. Le choc est rude et il se retrouve suspendu, la tête en bas. Une série de jurons gallifreyens lui échappent.

« Bon sang, gronde-t-il, mais où ai-je atterri ? »

Il tâtonne autour de lui et pousse un cri de douleur : sa main vient de s’embrocher sur un objet pointu. Aussitôt après, il reçoit un autre objet sur le crâne, alors qu’il tente de se redresser pour prendre une position plus conforme à la physiologie de son espèce, c’est-à-dire la tête vers le haut et les pieds en bas.

Ahanant, il parvient enfin à agripper la ficelle qui le soutient. Après quelques minutes à se débattre avec ce support instable, il finit par arriver à sortir une lampe de sa poche et à la braquer autour de lui.

« Ça alors, je n’ai jamais vu un pareil capharnaüm. »

Cependant, ce n’est pas le désordre qui règne dans ce lieu qui le surprend le plus, mais la nature de ce qui l’entoure. Ou plutôt… la taille. Il est accroché à ce qui ressemble au bout d’une pelote de ficelle. Ce qui l’a piqué tout à l’heure est une aiguille à coudre plantée dans une bobine de fil. L’aiguille a la longueur d’une épée et la bobine est aussi haute que le TARDIS. Partout, d’autres ustensiles, tout aussi démesurés : un livre grand comme une maison, une bouilloire de la taille d’un immeuble.

« Du diable… » marmonne-t-il, abasourdi.

Inutile de se poser plus de questions, se sortir de là et regagner son TARDIS, est tout ce qui compte. Celui-ci semble avoir disparu, car il ne peut le situer nulle part. Le pinceau de sa lampe ne révèle qu’un entassement insolite et pas de machine spatio-temporelle.

***

Le Seigneur du Temps s’assoit sur un morceau de sucre de la taille d’un tabouret et essuie son front couvert de sueur. Ça fait des heures qu’il crapahute dans ce lieu. Le danger qu’il représente vient non pas des objets qui s’y trouvent, mais de leur accumulation et de leur situation bancale. À tout moment, l’un d’entre eux peut perdre son équilibre et lui tomber dessus, ou le transpercer, selon sa nature.

« Je suis tombé bien plus profondément que j’imaginais et mon TARDIS doit se trouver tout en haut de cette accumulation ridicule d’objets géants. »

Poussant un profond soupir, il entreprend de continuer son ascension. Enfin… sa quatrième ascension. Car voilà déjà trois fois qu’il grimpe et se retrouve à son point de départ, à cause d’une glissade incontrôlable vers le fond de cet endroit cauchemardesque.

***

Assis entre un immense morceau de tissu d’une propreté douteuse et une pelote de laine aux brins épais comme des cordages de bateau, le Seigneur du Temps essaye de récupérer.

Les choses avaient rapidement empirées, après sa quatrième tentative d’escalade. L’endroit où il se trouve s’était soudain mis à tanguer et il avait eu le plus grand mal à ne pas se faire écraser par le bouleversement de son environnement. Heurté par une série de billes en verre, dont certaines plus grosses que sa tête, chutant dans un bidule spongieux qui s’était révélé être un gâteau au chocolat, englué dans un liquide odorant et extrêmement collant, probablement un quelconque sirop, il avait fini par s’en extraire, non sans mal – à tous les sens du terme – et gagner une zone plus calme.

Maintenant, il ne compte plus en heures, mais en journées. Il regrette d’ailleurs de ne pas avoir mangé un morceau de la pâtisserie, car la faim se fait de plus en plus sentir et la friandise a été engloutie dans une des nombreuses convulsions de ce lieu.

Un peu plus dispo grâce à cette pause, l’homme se redresse d’une secousse et entreprend de continuer ses recherches. Après avoir contourné une boite à musique en forme de kiosque, il tombe sur un sac en papier blanc tout froissé. L’objet laisse échapper son contenu : une série de bidules informes, mous et colorés, sentant puissamment les fruits. Il passe un doigt mouillé de salive dessus et le goute : c’est sucré.

« Des bonbons ? Hum, pas vraiment ma tasse de thé en matière de nourriture, mais c’est mieux que rien. »

Il en choisit un de couleur noire, en détache un petit bout et mord dedans.

« Mmbas mauvais, grommèle-t-il, la bouche pleine. Cha che laiche manger. »

Après un temps de réflexion et avoir avalé sa bouchée :

« Au cassis, je dirais. Humm… ça voudrait dire que ces friandises viennent de la Terre. Qui peut bien avoir stocké des trucs terrestres surdimensionnés dans cet endroit gigantesque ? »

Il mange encore un quart du bonbon, hésite un instant, puis en coupe une tranche qu’il enfouie difficilement dans une de ses poches, avant de continuer sa route.

***

Trois jours plus tard, le Seigneur du Temps débouche sur un emplacement un peu moins encombré. Quiconque le verrait ne le reconnaitrait qu’avec peine. Il est sale, dépenaillé, ses vêtements déchirés et couverts de taches diverses. Une barbe hérissée, qui n’a pas vu de peigne, ni de tondeuse depuis plus d’une semaine, orne son visage épuisé. Dans un halètement, il soupire :

« Je… je n’y arriverais jamais. Je vais crever dans cet endroit ridicule. »

À peine a-t-il émis cette conjecture, qu’il pousse un cri mêlé de joie, de colère et de frustration : il sait où il se trouve. À quelques mètres de lui, git un objet très reconnaissable : oblong, avec un cercle de métal à un bout et un cylindre plus épais à l’autre.

« Le tournevis sonique du Docteur ! Bon sang, je suis dans une des poches du Docteur ! Je reconnais bien son désordre et son habitude d’amasser. Mais comment suis-je arrivé là ? »

***

Le Docteur plonge la main dans sa poche afin d’en sortir son tournevis sonique. Ses doigts fouillent le bazar à la recherche de son outil de prédilection.

« Aïe ! » grogne-t-il.

Quelque chose l’a piqué à l’index. En hâte il ressort sa main, sentant qu’on s’y accroche. Il a la stupéfaction de découvrir un individu d’une dizaine de centimètres à califourchon sur son doigt. Mais plus surprenant encore est qu’il connait cette figure, quoique habituellement en meilleur état.

« Toi ! s’exclame-t-il. Mais que fais-tu dans ma poche ? Que manigances-tu encore ?

– Rien du tout, répond le Maitre, d’une toute petite voix. Si tu t’imagines que je vagabonde dans cette porcherie pour le plaisir ! Sors-moi de là et retrouve mon TARDIS qu’on en finisse.

– Mais je sais pas où il est ton TARDIS.

– Là dedans, indique le Maitre, en désignant l’ouverture d’un doigt accusateur.

– Oh bon, si tu le dis. »

Après une longue et infructueuse exploration, accompagnée de sacrements de la part du Docteur et de remarques acrimonieuses de la part du Maitre, il tire une cabine de plage miniature des profondeurs de sa poche.

« La voilà ! » s’extasie le Maitre.

Durant les recherches, il est resté assis sur la console du TARDIS du Docteur, sur un des nombreux interrupteurs inactifs de cette camelote.

« Une cabine de plage ? Où étais-tu donc, pour qu’elle ait pris cette forme ?

– Ça ne te regarde pas », marmonne le Maitre.

Puis d’une voix inaudible :

« J’ai bien le droit de prendre des vacances, moi aussi, non ? »

Il entre dans sa machine et celle-ci disparait en faisant entendre un minuscule Wooosh ! Wooosh ! Wooosh !

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