Des Vacances de Poche

Un Artisons avec deux thèmes, c’est ce qui va devenir notre quotidien pour ce « concours » de talents. Pour ces mois de février et mars 2018, ils sont les suivants : Les Vacances du Maitre et Dans les Poches du Docteur.

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Johannes (fanart)

Laureline Duroman (fanart)

Lise Hamaide (fanart)

Othario Pertwee (photomontage)

Pauline Cadart (texte)

Le Royal Daisy Intergalactic Resort était réputé être l’hôtel le plus prestigieux du Grand Nuage de Magellan, situé à une juste distance entre le pulsar B0540-69 et la nébuleuse de la tarentule, sur la quatrième lune de Xantebelli VI. Il avait même obtenu quatre années de suite la première place du classement TripExpert, récompensant les meilleurs établissements de loisirs de cette galaxie. Les voyageurs s’y pressaient en trépignant, incapables de tenir en place à l’idée de découvrir les plages privées de sable prune, si fin qu’on aurait pu y nager.

Large chapeau à fleurs aux couleurs criardes, lunettes de soleil larges, grand sac de plage aux rayures bleues et blanches, robe victorienne jurant avec le reste de son accoutrement ; c’est sous cette allure pour le moins curieuse qu’une nouvelle cliente s’approcha du guichet. L’employée n’adressa pas un regard à son accoutrement. Elle avait l’habitude des clients pour le moins originaux. Cette personne ne rentrerait même pas dans le top 100 des looks les plus improbables qu’elle avait vu défiler en seulement trois ans de carrière.

« Bonjour et bienvenue au Royal Daisy Intergalactic Resort, avez-vous une réservation ? Demanda-t-elle avec un sourire si large qu’il aurait pu lui en décrocher les oreilles.

– Non, articula la cliente avec un air doucereux, mais j’ai grandement besoin de vos services. Pour retrouver… une personne en particulier. »

Affalé dans une énorme bouée monstre marin, un cocktail à la main, l’autre grattant sa barbichette grisonnante, des lunettes de soleil opaque sur le nez et un cigare fumant au coin du bec, le Maître dérivait sur la surface calme de la mer d’Uchthankelis, au sud du complexe hôtelier. On peut souvent penser, à tort, qu’être un génie du mal et un travail permanent. Mais comme pour n’importe qui, un congé occasionnel est toujours appréciable. Se vider la tête et bronzer quelques jours avant de repartir à la conquête de l’univers était même au contraire une bonne idée pour renforcer sa productivité. De plus, cette lune était charmante. Elle ferait un bon point de départ pour une nouvelle conquête.

Se laissant bercer par le clapotis des vagues et la lumière aveuglante des trois soleils présents dans le ciel lunaire, le Maître oubliait presque les échecs cuisants qu’il avait enchaîné les derniers temps. Fichu Docteur, toujours dans ses pattes ! Il ne demandait pas grand chose pourtant. Juste un peu de pouvoir, quelques cailloux galactiques à dominer… Si on ne peut même plus compter sur le soutien de ses amis pour accomplir ses rêves !

Porté par ses rêveries, il ne réalisa pas immédiatement la tête de la bouée s’effondrant sur lui alors que l’ensemble se dégonflait rapidement, s’affalant pathétiquement sur son propriétaire. Il s’extirpa de là avec difficulté, crachotant l’eau salée qu’il avait avalé dans le feu de l’action.

« Qui donc ose perturber mes vacances ! Tonna-t-il. Moi, le Maître vous ordonne de répondre. »

Deux mains le tirèrent sous l’eau, l’entraînant de l’autre côté de la bouée. Il ressortit à l’air libre, agacé qu’on lui manque ainsi de respect, surtout pendant ses vacances. Les vacances, c’est sacré, même pour un vilain.

La propriétaire des deux mains le tira vers elle, le laissant se refléter dans ses larges lunettes, les jupons de sa robe victorienne flottant négligemment à la surface telle une grande méduse mauve. Elle le lâcha, ne prétend pas attention aux phrases grandiloquentes qu’il déballait, les « qui êtes-vous ? » et autres « vous m’obéirez ! », passant une main sous son chapeau pour en sortir un objet jaune.

« Tu veux battre le Docteur ? Demanda-t-elle.

– Qui êtes-vous ? Et d’où connaissez-vous ce nom ? Je saurais vous faire parler… et vous faire rembourser ma bouée, par la même occasion.

– Un seul moyen, l’interrompit-elle en lui plaquant dans les mains l’objet jaune, avant de sortir un parapluie auquel elle avait fixé un petit moteur de derrière son dos. Garde-le précieusement. Tu sauras quand t’en servir. Bye-bye ! »

Avant que le Maître ne puisse réagir, elle était déjà loin, à califourchon sur le manche de son parapluie à moteur. Il la regarda s’éloigner l’air circonspect, avant de regarder avec encore plus d’étonnement l’objet jaune.

« Un canard de plastique ? »

« C’est donc à cause de toi que je me promène avec ça dans mes poches depuis plusieurs centaines d’années ? » S’exclama le Maître en sortant le canard de sa poche.

Adossé au même poteau qu’il l’était lorsqu’elle avait sorti le circuit de dématérialisation quelques minutes plus tôt, il soupira en fixant Missy, amusée.

« Tu m’as laissé d’autres surprises du genre au fil de ma vie ou juste ces deux-là ?

– Quelques autres, avoua Missy avec un sourire de coin, chaque chose en son temps. Mais je dois bien avouer que celle-ci était ma préférée. »

Umanimo et Laureline (texte)

Journey into the Scrapyard

Wooosh ! Wooosh ! Wooosh !

« Ah ! s’exclame le Seigneur du Temps, alors que son TARDIS se matérialise. Océania me conviendra parfaitement : plages de sable fin, mers chaudes et rien d’autre à faire que de paresser sous le double soleil. »

La porte s’ouvre et l’homme avance d’un pas, dans le noir complet. Il a juste le temps de penser « Flute, je ne me suis pas matérialisé du bon côté de la planète, c’est la nuit, ici » qu’il tombe, accompagné d’un long hurlement, durant un temps interminable. Puis sa chute est stoppée par quelque chose qui s’enroule autour de sa cheville. Le choc est rude et il se retrouve suspendu, la tête en bas. Une série de jurons gallifreyens lui échappent.

« Bon sang, gronde-t-il, mais où ai-je atterri ? »

Il tâtonne autour de lui et pousse un cri de douleur : sa main vient de s’embrocher sur un objet pointu. Aussitôt après, il reçoit un autre objet sur le crâne, alors qu’il tente de se redresser pour prendre une position plus conforme à la physiologie de son espèce, c’est-à-dire la tête vers le haut et les pieds en bas.

Ahanant, il parvient enfin à agripper la ficelle qui le soutient. Après quelques minutes à se débattre avec ce support instable, il finit par arriver à sortir une lampe de sa poche et à la braquer autour de lui.

« Ça alors, je n’ai jamais vu un pareil capharnaüm. »

Cependant, ce n’est pas le désordre qui règne dans ce lieu qui le surprend le plus, mais la nature de ce qui l’entoure. Ou plutôt… la taille. Il est accroché à ce qui ressemble au bout d’une pelote de ficelle. Ce qui l’a piqué tout à l’heure est une aiguille à coudre plantée dans une bobine de fil. L’aiguille a la longueur d’une épée et la bobine est aussi haute que le TARDIS. Partout, d’autres ustensiles, tout aussi démesurés : un livre grand comme une maison, une bouilloire de la taille d’un immeuble.

« Du diable… » marmonne-t-il, abasourdi.

Inutile de se poser plus de questions, se sortir de là et regagner son TARDIS, est tout ce qui compte. Celui-ci semble avoir disparu, car il ne peut le situer nulle part. Le pinceau de sa lampe ne révèle qu’un entassement insolite et pas de machine spatio-temporelle.

***

Le Seigneur du Temps s’assoit sur un morceau de sucre de la taille d’un tabouret et essuie son front couvert de sueur. Ça fait des heures qu’il crapahute dans ce lieu. Le danger qu’il représente vient non pas des objets qui s’y trouvent, mais de leur accumulation et de leur situation bancale. À tout moment, l’un d’entre eux peut perdre son équilibre et lui tomber dessus, ou le transpercer, selon sa nature.

« Je suis tombé bien plus profondément que j’imaginais et mon TARDIS doit se trouver tout en haut de cette accumulation ridicule d’objets géants. »

Poussant un profond soupir, il entreprend de continuer son ascension. Enfin… sa quatrième ascension. Car voilà déjà trois fois qu’il grimpe et se retrouve à son point de départ, à cause d’une glissade incontrôlable vers le fond de cet endroit cauchemardesque.

***

Assis entre un immense morceau de tissu d’une propreté douteuse et une pelote de laine aux brins épais comme des cordages de bateau, le Seigneur du Temps essaye de récupérer.

Les choses avaient rapidement empirées, après sa quatrième tentative d’escalade. L’endroit où il se trouve s’était soudain mis à tanguer et il avait eu le plus grand mal à ne pas se faire écraser par le bouleversement de son environnement. Heurté par une série de billes en verre, dont certaines plus grosses que sa tête, chutant dans un bidule spongieux qui s’était révélé être un gâteau au chocolat, englué dans un liquide odorant et extrêmement collant, probablement un quelconque sirop, il avait fini par s’en extraire, non sans mal – à tous les sens du terme – et gagner une zone plus calme.

Maintenant, il ne compte plus en heures, mais en journées. Il regrette d’ailleurs de ne pas avoir mangé un morceau de la pâtisserie, car la faim se fait de plus en plus sentir et la friandise a été engloutie dans une des nombreuses convulsions de ce lieu.

Un peu plus dispo grâce à cette pause, l’homme se redresse d’une secousse et entreprend de continuer ses recherches. Après avoir contourné une boite à musique en forme de kiosque, il tombe sur un sac en papier blanc tout froissé. L’objet laisse échapper son contenu : une série de bidules informes, mous et colorés, sentant puissamment les fruits. Il passe un doigt mouillé de salive dessus et le goute : c’est sucré.

« Des bonbons ? Hum, pas vraiment ma tasse de thé en matière de nourriture, mais c’est mieux que rien. »

Il en choisit un de couleur noire, en détache un petit bout et mord dedans.

« Mmbas mauvais, grommèle-t-il, la bouche pleine. Cha che laiche manger. »

Après un temps de réflexion et avoir avalé sa bouchée :

« Au cassis, je dirais. Humm… ça voudrait dire que ces friandises viennent de la Terre. Qui peut bien avoir stocké des trucs terrestres surdimensionnés dans cet endroit gigantesque ? »

Il mange encore un quart du bonbon, hésite un instant, puis en coupe une tranche qu’il enfouie difficilement dans une de ses poches, avant de continuer sa route.

***

Trois jours plus tard, le Seigneur du Temps débouche sur un emplacement un peu moins encombré. Quiconque le verrait ne le reconnaitrait qu’avec peine. Il est sale, dépenaillé, ses vêtements déchirés et couverts de taches diverses. Une barbe hérissée, qui n’a pas vu de peigne, ni de tondeuse depuis plus d’une semaine, orne son visage épuisé. Dans un halètement, il soupire :

« Je… je n’y arriverais jamais. Je vais crever dans cet endroit ridicule. »

À peine a-t-il émis cette conjecture, qu’il pousse un cri mêlé de joie, de colère et de frustration : il sait où il se trouve. À quelques mètres de lui, git un objet très reconnaissable : oblong, avec un cercle de métal à un bout et un cylindre plus épais à l’autre.

« Le tournevis sonique du Docteur ! Bon sang, je suis dans une des poches du Docteur ! Je reconnais bien son désordre et son habitude d’amasser. Mais comment suis-je arrivé là ? »

***

Le Docteur plonge la main dans sa poche afin d’en sortir son tournevis sonique. Ses doigts fouillent le bazar à la recherche de son outil de prédilection.

« Aïe ! » grogne-t-il.

Quelque chose l’a piqué à l’index. En hâte il ressort sa main, sentant qu’on s’y accroche. Il a la stupéfaction de découvrir un individu d’une dizaine de centimètres à califourchon sur son doigt. Mais plus surprenant encore est qu’il connait cette figure, quoique habituellement en meilleur état.

« Toi ! s’exclame-t-il. Mais que fais-tu dans ma poche ? Que manigances-tu encore ?

– Rien du tout, répond le Maitre, d’une toute petite voix. Si tu t’imagines que je vagabonde dans cette porcherie pour le plaisir ! Sors-moi de là et retrouve mon TARDIS qu’on en finisse.

– Mais je sais pas où il est ton TARDIS.

– Là dedans, indique le Maitre, en désignant l’ouverture d’un doigt accusateur.

– Oh bon, si tu le dis. »

Après une longue et infructueuse exploration, accompagnée de sacrements de la part du Docteur et de remarques acrimonieuses de la part du Maitre, il tire une cabine de plage miniature des profondeurs de sa poche.

« La voilà ! » s’extasie le Maitre.

Durant les recherches, il est resté assis sur la console du TARDIS du Docteur, sur un des nombreux interrupteurs inactifs de cette camelote.

« Une cabine de plage ? Où étais-tu donc, pour qu’elle ait pris cette forme ?

– Ça ne te regarde pas », marmonne le Maitre.

Puis d’une voix inaudible :

« J’ai bien le droit de prendre des vacances, moi aussi, non ? »

Il entre dans sa machine et celle-ci disparait en faisant entendre un minuscule Wooosh ! Wooosh ! Wooosh !

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L’Artisons de février 2018

Poches-docteur

Voici donc lancé le premier Artisons de l’année 2018. Comme prévu, ce n’est pas un thème qui va vous être proposé, mais deux. Les deux pour lesquels vous avez voté.

Vous avez le choix entre utiliser un des deux, combiner les deux ou pourquoi pas, créer deux œuvres (ou plus). Nous espérons que cela va vous inspirer.

Le délai se situe le dimanche 4 mars à minuit. Vous avez donc un peu plus de deux semaines.

À envoyer à umanimo@live.fr comme d’habitude.

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Merry Christmas, my dear Doctor!

Noël et le Troisième Docteur, quel mélange subtil et flamboyant. Voici donc vos participations à cet Artisons de fin d’année.

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Florent Fayolle (fanart)

Laureline (texte)

Jo et le Docteur sortent du TARDIS.

Jo : Docteur, où sommes-nous ?

Docteur : Nous sommes visiblement sur une planète  forestière au climat frisquet. Ces sapins à perte de vue ne peuvent pas me tromper. Jo avance et tombe sur un homme barbu et à l’apparence bourrue brandissant une hache.

L’Homme : Que faites-vous sur ma propriété ? Bande de voleurs !

Jo fuit vers le Docteur, en criant pour l’informer du danger. Le Docteur la suit.

Docteur : Vraiment ! Un homme avec une hache ! Inouï ! Mon Aikido ne sera pas de taille. Allons au TARDIS.

Une fois entrés dans le vaisseau, ils redémarrent en vitesse.

L’homme, entendant le bruit du TARDIS, et ne voyant plus les intrus, soliloque :

« Encore des voleurs de sapins de Noël ! »

Lise Hamaide (fanart)

Othario Pertwee (photo-montage)

Umanimo (fanart)

Ce fanart est l’illustration en style « Peanuts » (du dessinateur Charles Schulz) d’une nouvelle Doctor Who publiée dans le recueil de Short Trips A Christmas Treasury et traduite en français par Umanimo. Traduction disponible ici : Trêve de Noël.

 

Joyeux Noël et Joyeuses Fêtes à tous. On retrouve les Artisons en 2018.

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Noël 2017, le dernier Artisons de l’année

Salut les Classics Whovians,

Un petit dernier pour la route ? Nous ne vous avons pas fait voter pour ce ou plutôt ces thèmes, car nous avions déjà une idée de derrière le TARDIS : pourquoi ne pas vous donner un, mais plusieurs thèmes, en l’occurrence deux. Période de l’année oblige, l’un d’entre eux sera Noël, ou plutôt toutes les fêtes célébrant le solstice d’hiver. L’autre sera le Troisième Docteur, seul Docteur n’ayant pas encore bénéficié d’un Artisons dédié.

L’idée est que vous êtes libres de choisir un des deux thèmes ou de les combiner. Donc qu’est-ce qui vous allez choisir : Three, Noël, les saturnales romaines, le Yule des peuples germaniques ? Quelques liens en dessous pour vous inspirer, mais si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas.

Noël

Hanoucca

Fêtes d’hiver russes

Fêtes d’hiver chinoises

Sol Invictus

Saturnales

Yule

À envoyer à umanimo@live.fr avant le mercredi 20 décembre à minuit.

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Comme c’est romantique !

Le saviez-vous ? Les méchants aussi ont un cœur (même deux, pour certains) et lorsqu’ils prévoient une soirée pour celle ou celui qu’ils aiment, ça donne ça :

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Laureline (texte)

Situation : Rome, 66 après JC – palais de Néron

Scène à placer dans l’épisode « The Romans »

Barbara, esclave, parle à une autre servante :

– Néron a essayé de me toucher, mais j’ai réussi à lui échapper quand sa femme est arrivée. Je n’aurais jamais cru que la Rome antique était si dure pour les femmes.

– Il fait ça avec toutes, tu as eu de la chance, mais il t’aura à un autre moment. Si seulement il pouvait essayer de séduire les servantes en leur organisant des soirées romantiques à la mode romaine, mais où les invités portent des masques. Avec des gladiateurs, des soldats, des bougies et de bons plats… Il pourrait voir que l’Amour peut être doux aussi.

Lise Hamaide (fanart)

Othario Pertwee (photomontage)

Umanimo (texte)

Cadeau empoisonné

Le Maitre marmonne :

« Je vais lui tendre un piège, un piège auquel il ne pourra pas résister. Une soirée romantique, dans un cadre surprenant : la Cascade de la Méduse. Les Shingouz y ont ouvert un restaurant très prisé. Qui pourrais-je imiter pour lui faire croire que c’est une de ses… j’y suis ! Romana ! C’est la seule qui pourrait logiquement l’inviter dans un restaurant stellaire. Ses autres animaux familiers sont presque tous des rampants. Des Terriens pour la plupart, peuh… »

Le Maitre se frotte les mains en ricanant.

« Je suis délicieusement diabolique », songe-t-il.

Puis il se met à préparer son piège.

***

Le Docteur se lève à l’arrivée du Maitre. La petite table jouxte une large baie d’où on peut voir la superbe immensité du phénomène spatial.

« Toi ! s’exclame-t-il. Que fais-tu ici ? J’attends…

– Moi, tu m’attends à moi. Hé hé hé hé hé !

– Comment, que veux-tu dire ? C’est Romana qui…

– Pas mal mon imitation, hein ?

– C’est toi qui…

– Absolument. Et tu es magnifiquement tombé dans mon piège. Toujours aussi naïf, mon bon Docteur.

– Qu’est-ce que tu vas faire ? grogne le Docteur, en se rasseyant.

– Tu verras. »

Le Maitre hèle le serveur, un octopoulpe rubis de Schfluut, lequel se glisse avec habileté entre les convives.

« Oui, messieurs ? prononce-t-il, à travers son protège bec traducteur.

– Champagne ! s’exclame le Maitre. Nous fêtons la mort de mon compagnon, ici présent.

– Bien monsieur », répond le garçon, qui en a vu et entendu bien d’autres.

Il s’éloigne, une douzaine de verres collés aux ventouses d’un tentacule, un plateau chargé de vaisselle posé sur un autre, son enregistreur de commande au bout d’un troisième, et une pile de serviettes reposant sur un quatrième.

« Sais-tu, dit le Docteur, pas plus troublé que ça par la déclaration du Seigneur du Temps renégat, que les octopoulpes sont très recherchés dans le secteur hôtelier ?

– Toujours aussi pédant, mon cher Docteur.

– Et comment tu comptes t’y prendre, cette fois-ci ? M’avoir raté plusieurs centaines de fois ne te décourage pas, dis-donc. Tenace, hein ?

– C’est très simple. Aujourd’hui, c’est toi-même qui va mettre fin à tes jours.

– Et pourquoi je ferais ça ?

– Parce que si tu ne le fais pas, toutes les personnes présentes dans ce restaurant mourront, tout simplement. Je connais ton cœur tendre, mon cher Docteur, tu ne laisseras pas ceci se produire.

– Quelle est cette idiotie ? Si c’est ta vision d’une soirée romantique, ça ne m’étonne pas que tu sois toujours seul. »

Le Maitre se contente de se renverser sur sa chaise et de ricaner derechef. Puis il sort une petite boite carrée en velours bleu roi de sa poche. Il l’ouvre devant le Docteur. Elle contient un minuscule flacon rempli d’un liquide ambré.

« Le poison que tu vas avaler, Docteur. Il bloque toute possibilité de régénération. Lorsque je me serais assuré que tu es bien mort, je désamorcerais les bombes. Malin, hein ?

– Terriblement diabolique, je dois avouer. »

Le Maitre se rengorge devant ce qu’il considère comme le meilleur des compliments.

Le serveur revient, portant une bouteille d’un des plus purs crus de champagne dans un seau rempli de glace, et deux flutes d’une finesse exquise. Le Maitre fait le service, remplissant le verre du Docteur en premier, puis le sien.

« Je sais très bien faire chanter le cristal, le sais-tu ? remarque le Docteur.

– Ah oui ? rétorque le Maitre que l’information n’intéresse pas du tout. Profite bien de ta dernière coupe, mon cher Docteur.

– Oh, s’il te plait, comme le vœu d’un condamné, tu me permettras bien ce petit caprice. »

Les yeux du Maitre s’étrécissent. Il observe son ennemi attentivement. Enfin, il soupire :

« Si tu veux, mais fais vite. J’ai hâte.

– Merci. »

Du bout de ses deux index, le Seigneur du Temps fait chanter les verres sur deux notes lancinantes. C’est une mélodie plus que simpliste, agaçante. Le Maitre grince des dents tout en surveillant les doigts de son adversaire. Au bout d’une interminable minute, le Docteur termine par un ré particulièrement long et aigu.

« Joli, non ?

– Bois ton poison, maintenant, gronde le Maitre qui en a assez.

– Buvons d’abord ce délicieux champagne. Ce serait dommage de gâcher son gout.

– D’accord. Vite, alors. »

Après leur libation, le Docteur prend le petit flacon et le tient à la hauteur de ses yeux le faisant tourner entre ses doigts. La liqueur envoie des éclats d’or dans la lumière tamisée.

« Je me demande, dit-il pensivement, lequel de nous deux mourra le premier.

– Qu’est-ce que tu marmonne ?

– Je disais que je me demande quel poison sera le plus rapide ? Celui que tu viens d’ingurgiter avec ton champagne ou celui-ci que je vais avaler à l’instant ? »

Il débouche la minuscule fiasque et la rapproche de ses lèvres.

« Attends ! crie le Maitre. Qu’est-ce que tu racontes ?

– Que pendant que je jouais ma chansonnette, je versais dans ton verre du venin de vipère noire de Gallifrey. Tu connais cette bestiole, non ? »

Le Maitre devient livide. Une sueur froide envahit son front. Précisément un des premier symptômes de ce poison-là.

« Tu mens, balbutie-t-il. Pourquoi aurais-tu apporté ce venin à une soirée romantique avec Romana ?

– Crois-tu que tu peux me berner avec ta mauvaise imitation ? »

Le Maitre recule sa chaise et passe un doigt dans le col de son vêtement. Une sensation d’étouffement commence à lui serrer la gorge.

« Le contrepoison, râle-t-il. Donne-moi le contrepoison.

– Hum, je ne sais pas si j’en ai apporté. »

Le Docteur se met à tapoter ses poches, l’une après l’autre.

« J’ai bien l’impression que je l’ai oublié. Il doit toujours se trouver dans mon TARDIS.

– On y va alors », halète le Maitre.

Des papillons noirs commencent à danser devant ses prunelles.

« Vite… ajoute-t-il.

– Pas avant que tu n’aies enlevé toutes les bombes, rétorque le Docteur, en se renversant contre son dossier, dans une pose nonchalante.

– Mais ça va prendre du temps. Je… je vais mourir.

– Je vais t’aider. À deux, on ira plus vite.

– Alors, allons-y, dépêchons-nous. »

Équipés de deux scaphandres, les deux Seigneurs du Temps visitent le dessous de la station hémisphérique qui contient le restaurant des Shingouz. Une demi-douzaine de bombes y sont accrochées.

Lorsqu’ils rejoignent enfin le TARDIS du Docteur, le Maitre gémit de douleur en se tenant le ventre.

« Vite… agonise-t-il.

– Où j’ai bien pu le mettre ? Je suis d’un distrait, tu ne peux pas savoir. Un jour j’oublierai ma tête. »

Il se met à fouiller le gros coffre qu’il tire d’un espace sous la console. Il en sort divers objets, avant de s’exclamer :

« Oh, regarde !

– Quoi ? Quoi ? Tu l’as trouvé ?

– Non, mais j’ai retrouvé ma flute à bec. Je me demande pourquoi elle était enfouie là. »

Il la porte à sa bouche et en tire les quelques notes de Twinkle, twinkle, little star.

« Docteur… geint le Maitre.

– Oh. Ah oui, le contrepoison. Le voilà,  je crois. »

Il sort une ampoule de verre et la tend à son confrère. Celui-ci s’empresse d’en casser la pointe et d’avaler son contenu. Au bout de quelques minutes, il se met à respirer plus facilement.

« Et maintenant… siffle-t-il, tu vas me le payer. »

À cet instant, le TARDIS se met en marche brutalement, l’envoyant cul par-dessus tête contre un des murs. Le Docteur, impassible, se tient à la console et pousse vivement un autre levier. L’engin fait une autre embardée et se matérialise. La porte s’ouvre à la volée et la machine s’incline, éjectant le Maitre vers l’extérieur… qui se trouve être l’intérieur de son propre TARDIS.

« Adieu, cher Maitre, lui crie le Docteur. C’était une excellente soirée, très amusante et très romantique, en même temps. J’ai particulièrement apprécié le cadeau. Je le garde en souvenir. »

Juste avant de dématérialiser à nouveau, il ajoute :

« Oh, au fait. Il n’y avait strictement aucun poison dans ta coupe de champagne. Et ton imitation de Romana était parfaite, bravo ! Je me suis complètement fait avoir. »

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À bientôt pour un nouvel Artisons !

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Spécial Anniversaire de Kathwho

Naitre un 11 novembre, quelle gloire ! Nous tous, admins et membres du groupe Doctor Who Classics, fans francophones, en souhaitons un merveilleux à Kathwho, admin de choc.

(cliquez sur les images pour les afficher en plus grand)

Flavichou (texte)

Accrostiche whovian

Kath, chère Kath

Alors que le jour de ton anniversaire revient une fois de plus

The Doctor a une surprise pour toi

Ha, pas n’importe quel docteur !

What a surprise ! C’est le sixième !

Heureux de t’offrir un verre de jus de carotte

On se joint tous et toutes à lui pour te souhaiter le meilleur des anniversaires !

Florent (fanart)

Johannes (fanart)

Lise Hamaide (fanart)

Tristan Viala (fanart)

Umanimo (texte)

Trou de mémoire

« Je crois que j’ai oublié quelque chose », dit le Docteur.

Il manipule distraitement une de ses broches en forme de chat.

« Les quarante-neuf dernières pompes de votre série de cinquante, peut-être, lui répond Mel. Allez Docteur, un petit effort. Ensuite, vous aurez droit à un bon verre de jus de carotte pour vous remonter.

– Tu parles… grommèle le Seigneur du Temps entre ses dents. Pour m’empoisonner, oui. »

À voix haute, il ajoute :

« Non, non ce n’est pas cela. Je suis certain d’avoir oublié quelque chose. Quelque chose de très important qui se passe le 11 novembre, Mel.

– L’Armistice de la Grande Guerre ? C’est certes important pour les Humains, Docteur, mais je ne savais pas que vous…

– Pas du tout ! Ce n’est pas ça du tout, du tout ! Encore plus important ! »

Il regarde le liquide rutilant aux reflets mordorés que lui présente sa compagne dans un récipient bien trop grand à son gout.

« C’est bon pour la mémoire, le jus de carotte ?

– Excellent ! affirme Mel.

– Bon, donne-le-moi, alors. »

Sans pouvoir s’empêcher de grimacer, le Docteur l’avale d’un trait.

« Les pompes, lui rappelle Mel. Plus que quarante-neuf. C’est presque terminé, vous en avez déjà faite une.

– Deux », entonne le Seigneur du Temps, résigné.

Il stoppe immédiatement et s’exclame :

« J’y suis ! L’anniversaire de Kathwho ! Il ne faut pas rater, ça, Mel ! C’est important, très important, je dirais même essentiel à l’équilibre de l’univers. Je ferais les quarante-huit autres plus tard. »

Se redressant, le Docteur se précipite vers la console en marmonnant :

« Alors, bras externe de la galaxie du Murmure, système Sol, troisième planète, la Terre, continent Amérique, pays Canada et province Québec, nous arrivons ! »

Un immense sourire fend son visage rond.

« Tu verras, Mel, c’est une personne formidable. Hâte de te la faire connaitre. »

 

That’s all folks et joyeux anniversaire à Kathwho !

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Soirée romantique chez les méchants

Vous êtes une demoiselle Dalek et un monsieur Dalek fait battre votre méchant cœur. Il crie si violemment « Exterminate! » et il tire de façon si cruelle. Que feriez-vous pour le séduire et pouvoir ensemble partir à la conquête du cosmos et destruction de tout ce qui n’est pas Daleks ? Ce thème est fait pour que vous exprimiez vos émois et nous expliquiez votre plan de séduction  diabolique au cours d’une soirée inoubliable.

Nota bene : Ceci est valable pour tous les méchants croisés dans la série (classique, n’oubliez pas).

[Image de Miss-Alex-Aphey : https://miss-alex-aphey.deviantart.com/]

Vos œuvres à envoyer à umanimo@live.fr avant le 12 novembre minuit.

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Silence et ne clignez pas !

Le thème Classic Doctors New Monsters vous a passionné, semble-t-il. Pas moins de dix participants, sans compter un autre qui n’a pas pu finir à temps et qui nous régalera peut-être de sa production un peu plus tard. Voici donc dessins, textes et photo-montages qu’il vous a inspiré.

(Cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

Flavichou (photo-montage)

Jelly Sweet (fanart)

Johannes (fanart)

Laureline (fanarts)

Laurie Léonie François (photo-montage)

Lise Hamaide (fanart)

Marie Valerio (texte)

Dessine-moi un monstre

« Euh…professeur ? »

« Pas maintenant Ace, j’essaie de résoudre un problème extrêmement complexe. »

« Il y a des images vraiment bizarres sur votre écran. »

« Comment cela ? »

« Je sais pas, un mec avec un sèche-cheveux géant. »

Intrigué par cette description, le Docteur se désintéressa de son Rubik’s cube et s’approcha de la console du TARDIS. Sur l’écran central, un jeune homme blond souriant de toutes ses dents blanches nettoyait son garage avec un enthousiasme débordant.

« Avec le Tornado 3000, chassez la poussière à la vitesse de la lumière ! Grâce à son souffle surpuissant, vous éliminerez les feuilles mortes et les voisins envahissants de votre jardin en un clin d’œil ! »

« Intéressant. On dirait bien que nous subissons une attaque de publicités intrusives. »

« Ça a l’air dangereux son truc. »

« Rien d’étonnant cela dit. D’après les coordonnées, nous sommes actuellement en orbite autour de Clom. »

« Vous avez passé des vacances pourries ? Vous souhaitez oublier votre ex ? Dites adieu aux mauvais souvenirs avec les pilules Amnesiak ! Effet garanti et instantané !»

« Clom ? »

« Clom. »

« Et c’est mauvais signe ? »

« A priori, il n’y a rien à craindre des habitants de cette planète. Ils n’ont jamais été impliqués dans un conflit intergalactique quelconque, ce sont avant tout des commerçants. Ils ont juste cette tendance agaçante à la surconsommation… »

« Découvrez le Dessinatron, un nouveau jouet révolutionnaire pour petits et grands ! Plus besoin de papier et de crayons, le monde entier sera votre table à dessin ! »

« Il n’y aurait pas un moyen de se débarrasser de ces pubs idiotes ? »

« C’est l’occasion rêvée de tester ce nouveau bloqueur de publicité de mon invention. J’ai toujours su que cette trouvaille me serait utile à l’avenir. Mais dis-moi… »

« Quoi ? »

« Tu entends cela, toi aussi ? »

Le Docteur et sa compagne collèrent leur oreille à l’écran. Par-delà les boniments du présentateur du jouet, on percevait en effet une faible plainte.

« Ai..ai…aidez-moi. »

La jeune fille se redressa d’un bond.

« Ça, c’est carrément mauvais signe, professeur. »

« Tu as raison, Ace. On dirait bien que quelqu’un près d’ici a besoin de nous. »

« J’ai créé le Dessinatron pour que tous les enfants de l’univers puissent laisser libre cours à leur imagination. Ils pourront le transporter partout avec eux pour remplir la galaxie de leurs créations ! »

Le Docteur considéra avec suspicion le gros homme jovial que la publicité présentait comme l’inventeur du Dessinatron, une sorte de casque surmonté d’un large disque lumineux.  Un encadré dans le coin droit de l’écran précisait son nom et sa fonction.

« Attendez-vous à recevoir une petite visite, monsieur…Victor Kennedy. »

*******

Victor Kennedy suait à grosses gouttes. Il savait que cette présentation pouvait lui coûter sa carrière, son honneur, sa vie de famille et le respect de tous ses collègues s’il faisait le moindre faux pas. Mais cela pouvait aussi être l’occasion rêvée d’obtenir la promotion qu’il espérait tant. S’efforçant de dissimuler son stress, il s’empressa de conclure le discours qu’il avait répété si longtemps devant le miroir de sa salle de bain :

« …et grâce à son design pratique et facile à transporter, les enfants de tout l’univers pourront l’amener partout avec eux et remplir la galaxie de leurs créations. »

Les actionnaires de la compagnie de jouets l’observaient laconiquement derrière leurs lunettes à verres fumés. Difficile de savoir si sa démonstration les avait convaincus ou pas. Il retira nerveusement le casque de son crâne et se prépara à recevoir la salve de questions habituelle.

« Peut-on sauvegarder ses créations avec ce modèle ? »

« On peut conserver ses créations aussi longtemps qu’on le souhaite. Quand on ne le souhaite plus, il suffit de choisir l’option EFFACER. »

« Le modèle est personnalisable ? »

« Disponible en différents coloris, en version voyage et prochainement en version familiale. »

« Obsolescence programmée ? »

« Naturellement, au bout de deux ans. Et nous avons d’ores et déjà prévu une série de 17 extensions afin que les parents ne cessent jamais de consommer. »

« Très bien, nous allons étudier la question. Je crois savoir que le quatrième projet que vous soumettez à notre comité ? »

« Euh…le cinquième, à vrai dire. »

« Intéressant. Espérons que la cinquième fois soit la bonne. »

Victor Kennedy ravala sa salive. Il savait pertinemment qu’au bout de cinq échecs, il serait renvoyé définitivement de la compagnie. Et pas par la grande porte, mais par le tuyau d’évacuation des eaux usés, comme il était d’usage quand un employé déshonorait son entreprise.

Il tenta de se rassurer, repassant en boucle sa présentation dans sa tête alors qu’il quittait les locaux de la compagnie. Il y repensait toujours dans la capsule qui le ramena à son domicile, et y repensa encore dans le canapé de son salon.

« Papa, tu viens jouer à la console avec moi ? »

« Papa est épuisé, Grant. Pourquoi tu ne vas pas plutôt t’amuser avec tes jouets ? Tu passes assez de temps comme ça devant ton écran. »

« Mais papa, tu es toujours fatigué en ce moment. C’est pas rigolo de jouer tout seul. Et puis, j’en ai marre de mes jouets. Pourquoi tu ne me laisse pas essayer ton nouveau casque ? »

« C’est une version béta, fiston. C’est loin d’être au point. On ne sait pas ce qui pourrait… »

« Tu ne m’aimes plus, c’est ça ? »

« Mais si enfin, là n’est pas la question… »

Le gamin plissa les yeux très fort et tordit sa bouche en une moue boudeuse, annonciatrice d’une crise de larme effrénée. Victor soupira d’embarras. « Après tout, » songea-t-il « qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? »

« Tiens, mon grand. Tu as le droit de l’essayer, mais uniquement dans la salle de jeux. Amuse-toi et laisse papa se reposer, tu veux bien ?»

Les yeux brillants de joie, le petit Grant enfila le casque et se précipita dans sa salle de jeu, impatiemment de tester la dernière création de son père.

« Je vais dessiner une soucoupe volante » décida-t-il tout d’abord.

Il avait vu son père utiliser l’appareil suffisamment de fois pour savoir que son fonctionnement était très simple : il suffisait de fermer les yeux et de se représenter trait par trait l’objet que l’on souhaitait tracer. L’enfant imagina un vaisseau ovoïdal à la coque éclatante, doté d’une cabine spacieuse et de propulseurs flamboyants. Quand il ouvrit les yeux, le vaisseau se forma instantanément à ses pieds, plus petit qu’il ne le souhaitait mais conforme à ce qu’il avait en tête.

« Je ne rentrerai jamais dedans » se dit-il. « Je dois trouver un pilote pour ce bolide. »

Le pilote de ce vaisseau d’exception devait forcément venir d’une galaxie lointaine : Grant imagina un petit monstre à la peau verdâtre, aux oreilles pointues et aux doigts crochus coiffés d’une houppette de poils noirs sur le crâne. Quelques coups de crayons virtuels plus tard, la bestiole se tenait devant lui, le fixant de ses petits yeux ronds malicieux. À sa grande surprise, il lui fit un petit signe de la main.

« Mais…tu bouges ! C’est incroyable ! C’est vraiment génial ce que papa a fabriqué ! »

La créature s’approcha de lui d’une démarche pataude et se mit à tirer avec insistance sur la poche de son pantalon.

« Qu’est-ce qu’il y a ? C’est ça que tu veux ? »

Il sortir de sa poche une barre chocolatée à moitié entamée, qui fit briller de convoitise les yeux du petit extra-terrestre. Il s’en empara aussitôt et la goba tout rond.

« Formidable… » murmurait l’enfant, fasciné.

*******

« C’est dingue professeur, tout est immense ici. »

Les rues de la planète Clom était un patchwork hystérique d’affiches, de panneaux publicitaires et d’écrans géants qui s’étalaient sur des gratte-ciels de plusieurs centaines de mètres, écrasant totalement les habitants qui se pressaient le long des trottoirs étroits. À chaque coin de rue, des jingles publicitaires résonnaient inlassablement

« J’en avais entendu parler bien sûr, mais ça reste un spectacle étonnant. » approuva le Docteur. « Cette planète est un véritable supermarché géant. 95 % de sa population se consacre au marketing et à la vente de camelote en tout genre, et ce grâce à l’exploitation de matières premières qu’elle exporte de sa planète jumelle… »

« Ah oui, Raxacoricofallapatorius. »

Le Docteur jeta à Ace un regard stupéfait.

« Je me suis entraîné à le prononcer dans la salle de bain. »

« Je n’en attendais pas moins de toi. Maintenant, reste à savoir comment trouver notre homme dans cet immense cité. Cela pourrait nous prendre des jours pour… »

« C’est pas lui, le gros là ? »

Ace pointa du doigt une statue massive qui gardait l’entrée d’une tour allant se perdre dans les nuages. Le bonhomme, rondouillard et grisonnant, ressemblait en effet fortement à Victor Kennedy, d’autant qu’il portait sur la tête le fameux casque miraculeux.

« Drôle de goûts en déco, le bonhomme. »

« Voilà surement le bâtiment dont provenait l’appel à l’aide. Voyons si nous pouvons rencontrer l’homme en chair et en os. »

*****

Dès son retour de l’école, Grant se précipita dans sa chambre. Il avait un peu de temps devant lui avant que son père rentre du travail, assez pour pouvoir jouer avec son nouvel ami.

Dans un premier temps, son père avait refusé qu’il garde la bestiole.

« Les êtres vivants créés avec le Dessinatron sont encore trop instables. On ne sait pas ce que cela pourrait donner. »

Ses nombreuses crises de larmes n’y ayant rien changé, l’enfant s’était résolu à cacher la créature dans le placard de sa chambre, lui intimant l’ordre de rester enfermé jusqu’à son retour à la maison.

« Tiens, ça devrait t’occuper pendant que je suis absent. » lui avait-il en lui tendant l’écran de sa télé portable.

Il retrouva donc son improbable compagnon à l’endroit où il l’avait laissé, les yeux rivés sur un écran où défilaient des publicités en tout genre.

« J’espère que je t’ai pas trop manqué ! Papa ne veux plus que je joue avec son casque, mais je suis sûr qu’on peut te fabriquer un super vaisseau spatial. Mais…qu’est-ce que tu manges ? »

La créature mâchonnait goulûment un morceau de tissu bleu vif qui pendait le long de ses lèvres. Grant lui arracha de la bouche.

« Mais…c’est mon pantalon ! Oh lala, maman ne va pas être contente si elle voit ça. »

L’enfant réalisa alors avec horreur que le petit monstre avait dévoré la totalité du contenu de son placard, dont il ne restait plus que des lambeaux de vêtements gisant pitoyablement sur le sol.

« Mais tu es complétement malade ! Je vais le dire à papa et il va t’effacer ! »

À ces mots, la créature ouvrit une large à gueule et se mit à rire, d’un petit rictus méchant et sournois qui laissa apparaître de larges crocs. Grant ne se souvenait pas avoir dessiné cela.

*******

Le hall d’entrée du bâtiment où venaient de s’engouffrer le Docteur et sa compagne était envahi par une foule compacte. Sur une petite estrade, un jeune homme en uniforme criard effectuait une démonstration du Dessinatron.

« …et maintenant, j’aurai besoin d’un ou deux volontaires dans l’assistance. »

Le Docteur leva bien haut le manche de son parapluie.

« Ici ! Ma jeune amie et moi aimerions essayer ce casque. »

« Magnifique ! Venez me rejoindre sur la scène. »

Le Docteur et Ace reçurent chacun un exemplaire du jouet qu’ils revêtirent immédiatement.

« Le Dessinatron est très simple d’utilisation. Vous visualisez simplement l’objet que vous voulez voir apparaître, comme si vous le dessiniez dans votre tête. L’appareil se charge ensuite de le matérialisez. Vous pourrez le toucher et même le prendre dans vos mains. Essayez, monsieur. »

Le Docteur ferma les yeux et prit un air de concentration intense. Au bout d’un certain temps, une sorte de gros cube se traça laborieusement sur la scène. Il la ramassa et la brandit vers le public qui applaudit à tout rompre.

« C’est une boîte »clama-t-ilavec fierté.

« Dis-donc professeur, vous n’êtes vraiment pas doué en dessin… »

« Ah oui, tu trouves ? Je t’en prie Ace, régale-nous de tes talents. »

La jeune fille ferma à son tour les yeux et fit apparaître un petit coffret rouge surmonté d’une horloge à cadran.

« Formidable ! » s’exclama le démonstrateur. « Mais qu’est-ce que c’est ? »

« Oh, c’est une bombe. »

« Une… quoi ? »

Sous les exclamations du public, la création de la jeune fille explosa en un millier de particules colorés. Le docteur et sa compagne profitèrent de la cohue pour s’éclipser, leurs casques toujours vissés sur la tête.

« Ace, as-tu ce que je t’avais demandé de subtiliser ? »

« Yep, j’ai chopé le pass qu’il avait à la taille. »

« Excellent. Nous allons prendre l’ascenseur. D’après le plan, le bureau de M. Kennedy se trouve au dernier étage. »

Le Docteur brandit son pass devant l’œil électronique de l’ascenseur qui ouvrit ses immenses portes. La jeune fille se précipita aussitôt à l’intérieur. Le Docteur la suivit tranquillement, sa fameuse boîte sous le bras.

L’ascenseur de la compagnie de jouets de Victor Kennedy ressemblait à un petit salon meublé de fauteuils confortables, équipé de machines à café et du perpétuel écran de télévision qui diffusait des publicités pour les produits de l’entreprise. Le Docteur prit place dans l’un des fauteuils et saisit un des magazines qui s’offraient à lui, sous le regard perplexe de la jeune fille.

« Installe-toi, Ace. Vu la hauteur démesurée de ces bâtiments, atteindre le dernier étage devrait nous prendre une heure ou deux. »

« Oh, c’est pas vrai… »

*******

Victor Kennedy était aux anges.

Son projet avait reçu le feu vert. Il allait enfin devenir un cadre important de sa compagnie, les enfants de toute la galaxie s’arracheraient ses jouets. C’est avec une fierté immense qu’il rentrait chez lui ce soir-là, le premier exemplaire officiel du Dessinatron entre les mains.

« Grant ? Où es-tu fiston ? J’ai une surprise pour toi ! Grant ? »

Il lui sembla alors entendre une sorte de râle, un bruit effrayant s’échappant de la chambre de son fils.

« Grant ? Tout va bien ? »

« Je… Je vais bien papa, ne t’en fais pas. »

La voix de son garçon lui sembla étrange. Il poussa la porte de sa chambre pour le trouver recroquevillé sur le sol.

« Qu’est-ce qui se passe, mon grand ? »

« Ri…rien » bredouilla l’enfant en se relevant maladroitement. « Je vais bien, tout va bien. Tu as mon nouveau jouet ? »

Victor Kennedy balaya du regard la chambre du gamin.

« Grant ? Tu as bien effacé ta bestiole bizarre comme je t’avais dit de le faire ? »

L’enfant le fixa d’un drôle d’air, une lueur menaçante dans le regard.

« Donne-moi mon jouet. »

« Ne me parle pas sur ce ton-là ! Et ne me regarde pas avec ces yeux ! Et pas la peine de sortir tes crocs ! Oh mon Dieu, mais qu’est-ce que tu as fait à Grant ? »

*******

Victor Kennedy ne s’attendait pas à recevoir des visiteurs. Il ne s’attendait certes pas non plus à ce que la porte de son bureau explose et qu’une jeune fille en blouson de cuir fasse irruption dans la pièce, suivi par un petit homme étrange brandissant un parapluie dans une main et une mystérieuse boîte dans l’autre.

« Dessiner de la dynamite, ça marche bien aussi ! » s’exclama la jeune fille. « Oh la vache, c’est quoi ce truc ? »

Derrière le bureau de M. Kennedy se tenait un horrible monstre ventripotent, au teint verdâtre et aux oreilles pointus qui les fixait d’un air furibard.

« Qui vous a permis d’entrer dans mon bureau ? »

« Euh, je suis pas sûre que ce soit ton bureau, quoi que tu sois… »

« Qu’avez-vous fait de Victor Kennedy ? »

La créature eut un rire gras et sadique.

« Vous voulez parlez de ce type ? »

Sous les yeux des deux intrus, elle se transforma alors en un petit homme grisonnant en costume-cravate avant de reprendre son apparence initiale.

« J’ai absorbé Victor Kennedy ! Comme j’ai absorbé son fils, et le patron de cette compagnie, et tous ceux qui se sont mis en travers de ma route ! Et comme j’absorberai tous les habitants de cette planète jusqu’à ce que je sois rassasié. »

« C’est répugnant. » dit Ace. « Un gros truc vert qui absorbe tout ce qu’il touche… »

« Stupéfiant. » commenta le Docteur. « Je n’ai jamais rien vu de pareil. Une sorte d’abzorbatrix…d’abzorbavore… »

« D’Abzorballof ! » s’exclama Ace.

« Oh, j’aime bien ce nom-là. » approuva la bestiole.

« Qu’est-ce qu’il a sur le corps, professeur ? »

« Eh bien, Ace… Je crains que ce ne soit les visages des malheureux qui se sont fait absorber par cette créature.»

« Je crois que je vais vomir… »

Sur l’épaule gauche de la créature, le visage d’un petit garçon leur jeta un regard implorant.

« Aidez-moi, je vous en supplie. Tout est de ma faute. C’est moi qui l’ai dessiné et au lieu de m’en occuper, je l’ai laissé regarder la télé toute la journée. »

« Je vois. » fit le Docteur. « La frénésie publicitaire qui règne sur cette planète à atteint cette repoussante créature qui n’a alors eu qu’une idée en tête : consommer encore et toujours plus sans jamais être rassasié… »

« Mais alors… Si ce machin est né d’un dessin d’enfant, on doit pouvoir l’effacer, non ? »

« Pas si je vous ingurgite d’abord ! » hurla le monstre.

Sur ces mots, il enjamba son bureau d’un bond et se jeta sur ses deux nouvelles proies, la langue pendante et la bave aux lèvres. Ace porta désespérément les mains à son casque.

« Professeur, comment on fait pour effacer avec ce bidule ?

« Ace, pourrais-tu m’aider à ouvrir ceci ? »

« Mais vous allez arrêter avec cette boîte ? »

« Fais-moi confiance. Aide-moi. »

Alors que la créature tendait vers eux ses trois doigts crochus, Ace et le Docteur ouvrirent la boîte que celui-ci gardait précieusement sous le bras et la brandirent face à l’Abzorbaloff. Son horrible patte fut alors aspirée par une force irrésistible qui l’entraîna à l’intérieur du cube.

« Mais…qu’est-ce que… C’est impossible ! Je suis absorbé ! »

Dans un grand cri d’horreur, le monstre vit son bras entièrement avalé par la boîte. Puis son épaule. Puis sa tête. Puis son torse. Bientôt, il disparut tout à fait à l’intérieur du cube que le Docteur et sa compagne s’empressèrent de refermer.

« Professeur…qu’est-ce qu’il y avait dans cette boîte ? » demanda Ace, essoufflée.

« C’est très simple Ace, il y avait un miroir. » répondit le Docteur avec malice. « La seule chose capable d’absorber un Abzorbaloff, c’est un autre Abzorbaloff. »

« Mais alors… Depuis le début cette boîte renfermait de quoi battre ce monstre ? »

« Ce qui compte dans un dessin, ce n’est pas ce qu’il montre, mais ce qu’il cache. »

*******

Après bien des déboires pour expliquer les nombreuses explosions qu’ils avaient causées, le Docteur et Ace remirent la boîte aux autorités compétentes, leur ordonnant formellement de ne l’ouvrir sous aucun prétexte. Des hurlements s’échappaient fréquemment de celle-ci :

« Je te retrouverai, Docteur ! Je sortirai d’ici et je t’absorberai, peu importe le temps que cela prendra ! »

Ignorant ces menaces, le Docteur et la jeune fille retournèrent au TARDIS où ils purent enfin retrouver un peu de calme.

« Professeur, vous êtes sûr de ne pas vouloir effacer l’Abzorbaloff ? Et si quelqu’un le libérait ? »

« Cela serait possible, mais cela signifierait aussi effacer les pauvres victimes que ce monstre avait absorbé. »

« Espérons que quelqu’un parvienne à libérer ces malheureux. »

« Espérons surtout que nous n’ayons plus à croiser ce monstre sur notre chemin. »

Ace repensa avec dégoût à la créature adipeuse et aux visages terrorisés incrustés dans sa peau.

« Professeur ? »

« Ace ? »

« Est-ce qu’on peut se mettre d’accord pour oublier ce qu’on a vu là-haut ? »

« Je n’y vois aucun inconvénient. D’ailleurs, j’ai justement ce qu’il faut pour nous aider à nous remettre de cette rencontre. »

Il sortit de sa poche un petit flacon remplit de comprimés multicolores.

« Adieu les mauvais souvenirs avec les pilules Amnesiak ! Effet garanti et instantané !»

Othario Pertwee (fanart)

Pauline Cadart (texte)

Le TARDIS se matérialisa dans une clairière sombre. Le Docteur inspecta le scanner d’un air suspicieux. Ce n’était pas vraiment l’idée qu’il avait en tête lorsqu’il avait proposé à sa compagne d’aller dans une station balnéaire réputée dans le système de Gaxian IV, mais il le savait, son vieux vaisseau ne se posait jamais nulle part par hasard. L’idée n’enthousiasmerait sans doute pas sa compagne, mais il venait de troquer leurs maillots de bain pour des bottes en caoutchouc et une parka.

L’entendant arriver dans le couloir, le Docteur éteignit le scanner et l’attendit avec un grand sourire.

« Ah, Peri ! Enfin prête !

– Nous sommes arrivés ? S’enthousiasma la jeune femme, ajustant sa chemise nouée, son mini-short multicolore et son ruban à cheveux assorti, avant de poser une large paire de lunettes de soleil sur le bout de son nez.

– Oh que oui ! Reprit le Docteur en se dirigeant à son tour dans le couloir, revenant peu après affublé d’une cape cirée et de son splendide parapluie multicolore.

– Ce n’est pas la tenue idéale pour profiter de la plage, s’amusa Peri. Ou bien vous vous êtes encore trompés et nous ne sommes pas du tout sur Gaxian IV.

– Peri, Peri, Peri… Je ne me trompe jamais ! » S’offusqua le Docteur en se rendant à la porte à grand pas.

Peri le suivit en marmonnant « ça se saurait ! ». Aussitôt dehors, elle fit néanmoins demi-tour en grelottant.

« Docteur ! S’indigna-t-elle. Il fait froid, il fait humide… Bref, il fait moche ! Vous m’aviez promis une plage de sable fin bleuté, une eau brillant comme une mer de saphir, et vous me donnez les forêts du Mont Baker à l’automne !

– Peri, il me semblait avoir été clair sur ce point : si le TARDIS veut aller quelque part, nous le suivons ! »

Un brusque hurlement les interrompit. Ils échangèrent un regard, puis le Docteur s’élança à travers les bois, devenant rapidement un vague éclair coloré zigzaguant entre les arbres. Peri soupira et s’élança à sa poursuite en se frottant les bras et les cuisses.

Elle le retrouva près d’un fourré, analysant le sol couvert de feuilles mortes, de glands et de champignons. Elle commença à parler, mais il lui fit signe de se taire.

« Regarde ça, Peri ! Lança-t-il avec excitation. Quelque chose s’est produit ici. Regarde les marques au sol. Quelqu’un était ici. Quelqu’un qui arrivait de là-bas, au nord, en courant. Et les traces s’arrêtent juste à côté de cette souche.

– Passionnant, Docteur, s’impatienta Peri, transie par le froid. Si vous avez terminé de cueillir des champignons pour le déjeuner, il serait peut-être temps de retourner au TARDIS, non ?

– Retourner au TARDIS ? S’amusa le Docteur. Ton problème, Peri, c’est de ne pas voir l’opportunité du moment présent. Tu veux retourner au TARDIS ? Vas-y donc ! Je travaille toujours mieux quand on ne traîne pas dans mes pattes en bougonnant, de toute façon. Tu veux rater le meilleur de cette aventure ? A ton aise ! »

Peri, dépitée, reprit la route vers le TARDIS. Jamais cette satanée cabine n’arrivait à bon port, ne serait-ce qu’une seule minuscule fois. Non, il fallait toujours faire des détours, répondre aux signaux de détresse, aller secourir un randonneur ayant crié un peu fort au milieu d’une forêt. Peut-être celui-ci avait-il en réalité tenté d’imiter le cri d’un animal et était reparti sur ses pas après sa tentative infructueuse ? Peut-être avaient-ils tous les deux rêvé ce cri ?

Elle alla se réchauffer dans sa chambre mais, au bout d’une vingtaine de minutes, fut lassée d’attendre le Docteur qui était manifestement resté près de sa souche. Elle enfila un épais blouson, un pantalon en velours et de larges bottes, avant de prendre sur sa coiffeuse un baladeur flambant neuf qu’elle avait acheté lors d’une de leur escapade récente dans l’Angleterre de la fin des années 80. L’appareil lui rappelait chez elle avec une certaine nostalgie. Elle posa son casque sur ses oreilles, rembobina la cassette de Madonna qui s’y trouvait et lança la lecture, avant d’enfoncer le baladeur et ses mains dans ses poches et de retourner à l’extérieur du TARDIS.

Il faisait encore plus sombre qu’avant, la nuit commençant doucement à tomber. Peri se félicita d’avoir enfilé le blouson, la température ayant encore chuté. Elle se dirigea avec lenteur vers l’endroit où se trouver le Docteur, secouant la tête au rythme de la musique. Elle s’immobilisa soudain, sentant comme une présence. Regardant les alentours et ne voyant rien, elle reprit sa marche, la tête ailleurs.

Le Docteur finissait de récolter des échantillons à analyser près de la souche lorsqu’il entendit un hurlement. Se redressant avec vivacité, il courut d’un pas svelte en direction du cri, avant de s’arrêter, éberlué.

Il fixait l’arbre devant lui, un large chêne sombre d’où sortait très distinctement un bras, immobile, pointant dans sa direction, ainsi que le haut d’un crâne, visible jusqu’aux yeux. Le reste du corps semblait avoir été aspiré par l’arbre.

« Peri ! » Cria le Docteur, reprenant ses esprits.

Il tira sur le bras de la jeune femme, attirée de plus en plus au cœur de l’arbre. Sans succès. Il remarqua alors qu’autour des oreilles de Peri, ou plutôt autour du casque audio qu’elle portait, le bois semblait en mouvement. Il s’approcha, saisit un écouteur et le plaqua contre le tronc qui se mis à vibrer. D’étranges insectes s’échappèrent de l’arbre, surgissant de nulle part comme s’ils sortaient de l’écorce elle-même, avant de disparaître à nouveau plus haut dans le tronc aussi vite qu’ils étaient apparus, secouant au passage les petites antennes lumineuses qui décoraient leurs têtes.

« Des Dryades, souffla le Docteur. Peri, concentre-toi sur ma voix. Peri, est-ce que tu m’entends ? Garde bien ce casque, c’est ta seule chance. Ils ont l’air de réagir au son. Tant que tu t’accroches à ta musique, ils n’arriveront pas à te dévorer. Concentre-toi sur ta musique. Je reviens au plus vite. »

Il s’élança à toute vitesse vers le TARDIS et se précipita dans un placard pour une sortir une large enceinte qu’il ramena aussi vite que possible près de Peri. Il aperçu le baladeur qui pendait de l’arbre, le câble des écouteurs coincé à l’intérieur du tronc. Il débrancha les écouteurs et, alors que Peri était aspirée presque entièrement par les Dryades, il brancha le baladeur sur les enceintes, le volume poussé au maximum. Les Dryades se dispersèrent sous le refrain de Like A Prayer résonnant dans toute la forêt, relâchant au passage Peri qui prit une large bouffée d’air.

« Il faut parti d’ici au plus vite, » la pressa le Docteur, l’aidant à se relever.

Les arbres longeant la route du TARDIS étaient couverts de Dryades, prêts à les attirer dans le bois pour les dévorer. Le Docteur saisit l’enceinte et ils se mirent tous deux à courir dans l’autre sens. Les Dryades étaient plus rapides qu’eux et, même si le son les empêchait de s’approcher, ils tentaient d’arrêter leur course folle dès qu’ils s’appuyaient sur une racine ou une branche.

Le Docteur et Peri débouchèrent sur une clairière où un homme montait une tente tandis qu’un autre préparait du café sur un feu de camp. Ils regardèrent hébétés l’homme aux cheveux blonds bouclés, à la cape cirée recouvrant un costume multicolore et au parapluie bariolé traverser la clairière à toute vitesse, portant une enceinte diffusant du Madonna aussi fort que possible, suivi par une jeune fille essoufflée. Ils furent encore plus surpris lorsqu’une horde d’insectes les attira, l’un dans le tronc d’un arbre, l’autre dans ses racines, le faisant tomber à la renverse dans le feu de camp.

Le Docteur s’arrêta et regarda quelques instants les Dryades brûler au contact du corps enflammé. Alors qu’ils essayaient de rentrer se protéger dans le bois, celui se mettait instantanément à rougir. La clairière s’embrasa rapidement et Peri, dont la première réaction avait été de vouloir secourir les deux hommes, réalisa qu’il était trop tard. Ils profitèrent de la fuite des Dryades et de la propagation rapide du feu pour retourner en toute hâte au TARDIS. Les Dryades vinrent s’accrocher vainement à la cabine de police, repoussés par les boucliers et par la matière qui n’avait de bois que l’apparence. Le TARDIS se dématérialisa, laissant les Dryades au dépourvu, fuyant le plus loin possible de l’incendie qu’ils avaient déclaré et qui progressait rapidement.

Alors que le Docteur bidouillait la console, Peri revint de sa chambre, à nouveau dans sa tenue de plage.

« Pas de détours cette fois-ci, Docteur ! Lui ordonna-t-elle. J’en ai assez d’être pourchassée par des insectes ou je ne sais quoi d’autres. Pour une fois, s’il vous plaît, je veux juste un peu de vacances. »

Le Docteur lui sourit alors que le TARDIS se matérialisait.

« Eh voilà, Peri ! Gaxian IV ! A toi les plages, la mer, le repos… »

Peri ne l’écouta pas et se précipita plutôt sur la porte qu’elle ouvrit à la volée.

« Docteur, ce n’est pas une plage ! S’indigna-t-elle devant un paysage de plaines grises et désolées. Est-ce qu’un jour vous allez enfin apprendre à piloter le TARDIS convenablement ?

– Je sais très bien piloter le TARDIS, merci bien ! Déclama le Docteur, manifestement vexé. Tu peux tout aussi bien piloter, si tu te crois si maligne ! Bien piloter, tss ! En route, on repart. »

Un hurlement retentit au beau milieu de la plaine. Peri et le Docteur se regardèrent quelques secondes.

« Bon, soupira Peri. J’imagine que je ferais bien d’aller rechercher mon blouson, hmm ? »

Umanimo (texte)

« Qui êtes-vous ? »

Le Maitre examine l’étrange individu élancé qui lui barre le passage. Malgré sa forme générale, il n’est ni Humain ni Seigneur du Temps. Sa tête allongée, aux orbites creuses, sa peau fripée et sa bouche qui n’en est pas une ne sont pas plus humaines que gallifreyennes, de même que ses quatre doigts démesurés.

« Nous sommes les Silences… chuchote la créature d’une voix râpeuse.

– Les quoi… » commence le Maitre.

Entendant un bruit derrière lui, il se retourne, puis fait face à nouveau.

« Qui êtes-vous ? »

Le Maitre examine l’étrange individu élancé qui lui barre le passage. Malgré sa forme générale…

« Attention, songe-t-il. Je viens déjà de penser la même chose. Serais-je coincé dans une boucle temporelle ? C’est surement à cause du Docteur. Il aime bien les boucles temporelles. »

Ses idées deviennent amères :

« Et m’y enfermer dedans encore plus. Comment vais-je me sortir de là ? »

Il recule lentement, son TCE à la main, jette un rapide coup d’œil derrière lui pour ne pas se faire prendre au piège. Et regarde à nouveau devant.

« Qui êtes-vous ? »

Le Maitre examine l’étrange individu élancé qui lui barre le passage. Malgré sa forme…

« Ça recommence ! La boucle se referme. Elle est de plus en plus courte. »

Cependant, son interlocuteur est plus près, maintenant. Comment cela se fait-il ? Si c’était une boucle, il devrait se trouver exactement au même endroit. L’étrange homme lève un bras menaçant et le Maitre ne cherche plus à comprendre. Il tire avec son TCE, réduisant la créature à une silhouette de quinze centimètres.

« Elle ne fera pas mal dans ma collection, marmonne-t-il en la ramassant. Je n’en avais pas des comme ça. »

Il empoche la miniature et s’en retourne vers son TARDIS.

Deux jours plus tard, alors qu’il change de veste, il retrouve l’objet dans une des poches.

« Tiens, s’étonne-t-il, en faisant tourner la poupée au bout de ses doigts. Qu’est-ce que c’est ? On dirait une victime de mon TCE, mais du diable si je me souviens où je l’ai rencontrée. »

Il ajoute en se caressant la barbe :

« Bizarre… Moi qui ais si bonne mémoire. »

 

C’est fini pour cette fois-ci ! Rendez-vous très bientôt pour un nouvel Artisons.

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Classics Doctors, New Monsters

Classics Doctors, New Monsters. C’est le thème que vous avez choisi pour cet Artisons de rentrée. Voilà un sujet vaste et qui peut donner beaucoup de créations différentes. Alors, à vos pinceaux, stylos et autres moyens de nous offrir des voyages dans cinquante-quatre ans de série.

Pour vous donner des idées, j’ai complété mon sujet « Les Adversaires du Docteur » sur DW&Co, en y ajoutant toute la nouvelle série. Vous y accèderez ici : Saison 1 (27) et dans les messages suivants.

La date limite est au 24 septembre à minuit. Vous avez donc plus de deux semaines et deux week-end pour travailler. À envoyer à umanimo@live.fr.

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Oh, Docteur, où sommes-nous ?

Ces lieux étranges, mythiques, existants ou non, qui peuplent l’imaginaire des Hommes, le Docteur adore y faire un tour, histoire de voir où se trouve la légende et où se trouve la réalité. Mais sa présence-même change parfois la donne et un endroit ordinaire peut devenir extraordinaire, lorsqu’il se trouve là.

(cliquez sur les images pour les voir en plus grand)

Johannes (Bande dessinée)

Kathwho (Fanart)

Titre : Sous le Pont d’Avignon.

Explications : Il manque plusieurs arches à ce pont. Force du courant ou…

Lise Hamaide (Bande dessinée)

Marie Valerio (Texte)

Dernier tango en Lémurie

Le palais de cristal résonnait furieusement aux sons tapageurs des tambours et des pas de danses endiablés des convives, qui se démenaient avec passion sous leurs costumes bariolés. Loin des remous de ce carnaval cacophonique, la femme au masque de chat contemplait la lune depuis la terrasse, plongée dans de macabre pensées. Une coupe de vin à la main et une lueur malicieuse dans le regard, elle attendait nonchalamment son heure en contemplant avec amusement les contorsions grotesques des danseurs qui se trémoussaient dans l’insouciance, sans la moindre idée du sort que leur réservait cette soirée. Quand les feux de joie s’embraseraient et que la fête atteindrait son apogée, elle mettrait ses sombres desseins à exécution et toute la colline flamberait dans un brasier digne de l’enfer, emportant avec lui les verdoyantes collines de Lémurie. Se réjouissant de cette idée, elle porta le vin à ses lèvres tandis que les musiciens calmaient lentement la frénésie ambiante en jouant désormais une musique plus douce.

L’homme au masque de loup avait profité de cette accalmie pour s’approcher d’elle à pas feutrés, lui glissant d’une vois suave à l’oreille :

« Me ferez-vous l’honneur d’être ma cavalière ? »

Elle toisa des pieds à la tête l’impudent qui avait l’arrogance de venir quémander la prochaine danse.

« Tout dépend de tes talents de danseurs, mon grand. Je ne me laisse pas guider par n’importe qui. »

« Quelque chose me dit que vous avez un penchant pour le tango. »

Intriguée par cette proposition anachronique, elle lui tendit gracieusement la main, se laissant entraîner vers la piste de danse.

« On m’appelle Missy. »

« Rex. Enchanté. »

« Un nom de chien. Comme c’est mignon. »

Au son des violons, ils commencèrent un petit jeu à deux, proche du jeu du chat et de la souris. Elle le laissait la conduire tantôt à gauche, tantôt à droite, la tenant par la taille et la faisant tourner avec légèreté dans un tango peu orthodoxe.

« Qu’est-ce qui m’a trahi ? » l’interrogea-t-elle.

« Comment cela ? »

« Le tango. Une danse qui ne naîtra pas avant plusieurs siècles. »

« Que vous maîtrisez à merveille au passage. »

« Vil flatteur. Comment avez-vous su que je n’appartenais pas à cette époque ? »

« Un voyageur du temps garde toujours ses secrets. »

« C’est la coiffure, sans doute ? On n’a jamais vu un chignon si sophistiqué sur ce continent farfelu, ni même dans tout l’océan Indien. »

Imperceptiblement, elle avait imposé son rythme et menait désormais la danse.

« Votre masque. » répondit-il. « Il est fixé à votre tête à l’aide d’un élastique. Et nous sommes bien avant l’invention du caoutchouc »

« Je vois que vous avez l’œil. »

Lui prenant délicatement le bras, il l’entraîna sur la droite et repris peu à peu l’ascendant sur leurs pas de danse.

« Quelles mauvaises intentions vous emmènent sur ce continent exotique ? Car elles sont mauvaises, n’est-ce pas ? »

« Sachez que je suis aussi innocente que le chaton qui vient de naître. »

« Pas de cela entre nous voyons. Quelles raisons aurions nous de voyager dans le passé si ce n’est pour répandre le chaos et la destruction partout où nous passons ? Moi-même je ne suis pas venu à cette fête pour l’amour de la danse… »

Elle resserra férocement son emprise sur la taille de son cavalier.

« Pas touche, mon loup. Cette soirée, c’est chasse gardée. J’ai déjà tout prévu pour que la Lémurie rejoigne le rang de légende d’ici minuit. »

« Voyez-vous cela. Et comment comptez-vous vous y prendre ? »

« Vous savez sans doute que cette célébration a pour but de célébrer l’éclipse lunaire qui aura lieu dans quelques heures. »

« En effet oui, pour honorer la déesse de la lune. »

« Et elle aura bien lieu. Mais ce ne sera pas la terre qui projettera son ombre sur la lune. C’est un gigantesque vaisseau de la flotte sontarienne, une des races les plus meurtrières de la galaxie. Ils sont quelque peu en rogne contre ce continent depuis que j’ai créé de toutes pièces une déclaration de guerre des Lémuriens à leur égard. Au moment où je vous parle, leur régiment est en position. Ils n’attendent que mon signal et ils ont pour politique de ne laisser aucun survivant. »

« Aucun survivant ? Quelle cruauté ! Tout ce que j’aime! »

« Il faut les comprendre, il n’y a vraiment rien de plus agaçant qu’une population en avance sur son temps. Regardez-les ! Ils excellent en astronomie, sont passés maîtres dans l’art de la navigation et leurs compétences en architecture dépassent l’entendement. Franchement, un palais entièrement taillé dans du cristal, ça frise le grotesque. »

« Certainement. »

« Et quand on a pour ambition de mettre une planète sous sa coupe, on a plutôt intérêt à ce que ses habitants ne soient pas trop civilisés. C’est pourquoi de temps en temps, je fais un peu le ménage. »

L’homme eut un petit rire suffisant.

« C’est très mignon tout cela, mais entre nous, pensez-vous réellement pouvoir annihiler toute une population en l’espace d’une soirée ?»

« Si je le pense ?Avez-vous entendu parler de l’Atlantide ? »

« Évidemment. »

« D’aucun affirme qu’un gigantesque tsunami serait à l’origine de sa disparition. Mais la réalité est bien plus amusante. »

« Laissez-moi deviner : un autre de vos exploits ? »

« Et pas des moindres : j’ai invoqué ni plus ni moins que le dieu Kronos, dont la colère a réduit en poussière l’île et ses habitants en un éclair. »

«Amusant. Quoi qu’assez anecdotique, si l’on compare cela à ce qui est arrivé au continent perdu de Mu. »

« Tiens donc ? Et que lui est-il arrivé ? »

« Eh bien, je n’aime pas me vanter mais disons qu’après mon passage, le continent entier s’est retrouvé englouti sous les eaux du Pacifique. Ses habitants, en revanche, ont eu la chance de mener une vie longue et douloureuse : ils ont servi de cobayes à mes expérimentations sur l’adaptation des humains en milieu hostile. Ces petites choses s’adaptent de façon étonnante, croyez-moi. »

« Ah ah ! Amateur ! Si vous saviez dans quel état j’ai laissé les habitants du Kumari Kandam ! »

« Peuh ! Si vous saviez le sort que j’ai réservé à la Syldavie ! »

« L’Arcadie! »

« L’hyperborée ! »

« La Finlande ! »

« La Finlande n’a pas disparu. »

« Pas encore. » fit-elle avec un sourire énigmatique.

Le prenant par surprise, elle le fit tourner à son tour. Agacé de s’être laissé guidé, il l’agrippa fermement par la taille et enchaîna une série de pas nerveux, manquant au passage d’écraser les orteils de sa cavalière.

« En fin de compte, vous êtes un piètre danseur. » maugréa-t-elle.

« Et vous, une partenaire pour le moins inconstante. »

« Vous m’insupportez. »

« Vous me répugnez. »

Alors que la musique s’éteignait lentement, il la fit basculer lascivement vers l’arrière, la retenant au dernier moment pour plonger son regard dans le sien. Un regard étrangement familier. Leurs visages se rapprochèrent doucement, délicatement, avant d’être brutalement séparé par une secousse qui fit basculer la femme masquée. La piste de danse tremblait avec fracas, comme si la terre était prise d’épilepsie.

« On ne peut dire que vous ne faites pas dans la demi-mesure, très chère ! »

« Non…ces secousses ne sont pas de mon fait ! Mon plan devait venir du ciel, rappelez-vous. »

« Vous voulez dire que… »

« Oui. Il s’agit bien d’une catastrophe naturelle. C’est bien ma veine… »

« Je suggère que nous courions. »

« Plutôt deux fois qu’une, mon pote. »

***

Une fissure très nette se dessinait en plein cœur du palais de cristal, provocant la panique des convives qui se bousculèrent dans un vacarme assourdissant vers l’immense escalier. Missy et son cavalier en dévalèrent les marches quatre à quatre, devançant de peu le séisme qui ébranlait le bâtiment, s’effritant sous leurs pas en un million de miettes scintillantes. Une pluie de verre s’abattait sur la colline tremblante, sous le regard agacé de l’infortunée dame du temps.

« Battue par la nature, quelle déconvenue…Et mon vaisseau qui est garé beaucoup trop bas ! Nous ne l’atteindrons jamais à temps ! »

« Soyez sans crainte, j’ai une porte de sortie. »

Il l’entraîna vers une des immenses statues d »argent qui marquaient l’entrée du palais, révélant une petite porte à l’arrière de son socle. Avant que le sol ne se dérobe sous leurs pieds, ils s’y engouffrèrent précipitamment.

Derrière la porte, c’était la pénombre. Seul les lumières clignotantes de la console centrale éclairaient faiblement la salle, surmontées par une série d’anneaux tourbillonnants. En guise de décoration, une multitude de créatures difformes, de taille et de consistance variables, gisaient mollement dans des bocaux de formol. Elle ne put s’empêcher de sourire en reconnaissant l’endroit.

« Je vois que la déco n’a pas trop changé. On ne peut pas en dire autant de ta carrure. »

L’inconnu retira son masque, un rictus aux lèvres. Sa mâchoire carrée était ornée d’un bouc soigneusement taillée, coquetterie qui rappela à Missy sa lointaine jeunesse. Seul le regard demeurait inchangé, intelligent et fourbe à la fois.

«Ce petit contretemps est pour le moins fâcheux, mais la soirée n’est pas fini. » déclara-t-il en pianotant sur le tableau de bord de son TARDIS. «Tu avais parlé de rayer la Finlande de la carte, je crois. Je propose de leur rendre une petite visite. »

« Comment faut-il t’appeler maintenant ? Rex, c’est bien cela ? »

« Tout à fait. C’est du latin, cela veut dire ‘roi’. Je ne pouvais pas continuer à me faire appeler ‘la rani’, tu t’en doutes bien… »

Umanimo (Texte)

Jeux de billes

Zuirq gratta son énorme nez. Non que le nez de Zuirq fut disproportionné. Avec ses dix mètres de long, il allait parfaitement au visage d’un enfant de cent-six ans, appartenant à la race des Epils. Il était juste énorme par rapport à son environnement. Ce qui donne une idée de la taille de Zuirq lui-même.

Le Docteur l’avait pourtant installé dans la plus vaste pièce du TARDIS. Cependant, le bambin se cognait un peu partout dans cet entrepôt vide que le Seigneur du Temps avait tenté de rendre confortable pour son hôte.

Pour l’instant, Zuirq jouait aux billes, un bout de langue aussi gros qu’une vache coincé entre des dents de la taille d’une massive armoire normande.

Pendant ce temps, appuyé à la console, le Docteur songeait à ce qui venait de se passer et son humeur était mélancolique. Il avait sauvé Zuirq du massacre de ses congénères, dont le vaisseau avait été attaqué par des pirates de l’espace, et le petit garçon – ou du moins, l’individu masculin non encore parvenu à l’âge adulte – en était le seul survivant. Le TARDIS filait à travers le vortex pour le ramener vers sa planète où on prendrait soin de lui.

« Tiens, murmura le Seigneur du Temps. Nous ne passons pas loin de la Terre. J’ai bien envie d’y faire une petite pause, histoire que la contemplation de ce joli monde bleu me remonte un peu le moral. »

Tout en tendant une oreille vers l’intérieur de son vaisseau, au cas où l’enfant l’appellerait, le Docteur ouvrit les portes de sa machine spatiotemporelle, arrêtée dans la haute atmosphère de Sol 3, et se plongea dans une rêverie où entrait autant de bons moments que de mauvais.

Son exil et les amis d’UNIT.

Ses tribulations avec Sarah Jane.

« Leela, ma sauvage. »

Romana qu’il avait laissé poursuivre son existence avec les Tharils.

Adric, Nyssa et Tegan, trois jeunes gens avec de grandes qualités et autant de défauts.

L’étrange Turlough.

Et enfin, sa dernière compagne, Peri, elle aussi partie vers son destin. Il n’avait pas encore rencontré Mel et voyageait seul… sauf lorsqu’il transformait le TARDIS en nursery, comme à ce moment-là.

Il en était là de ses réflexions, lorsqu’un grondement lointain lui parvint. Un grondement qui se rapprochait. Il lui fallut quelques minutes pour en déterminer la cause.

« On dirait quelque chose qui roule. »

« Quelque chose de dur. »

« Quelque chose de dur et de très gros. »

« Comme une grosse boule, par exemple. »

Il s’exclama : « Les billes ! » au moment où la première franchissait la porte intérieure avec un raclement sourd.

Il arriva à l’éviter dans une volte digne du meilleur des matadors. Les pans multicolores de son manteau se crurent un instant la réincarnation de la muleta.

Le Seigneur du Temps n’avait pas plus tôt fini son mouvement qu’une autre des gigantesques boules se précipitait vers lui. La première devait être de taille normale, mais celle-ci était au moins du genre calot, voire mammouth. Avec un cri étranglé, le Docteur ramassa ses kilos surnuméraires, sauta sur la console et la regarda passer à quelques centimètres de son refuge. Elle fut suivie par une longue file d’autres, de tailles et de couleurs différentes, mais tout aussi meurtrières, si elles avaient réussies à heurter n’importe quel individu de la corpulence d’un Humain moyen.

« Rassilon ! s’écria à nouveau le Docteur. La porte ! »

Les battants étaient restés grand ouvert et les billes de Zuirq se déversaient vers la planète bleue. L’enfant Epil lui-même se manifesta, sous la forme d’un œil bleu apparaissant à l’ouverture intérieure, comme s’il regardait par le trou d’une serrure.

« J’ai fait tomber mon sac de billes, marmonna-t-il, l’air contrit.

– J’ai vu ça », répondit le Seigneur du Temps avec plus d’aigreur qu’il n’aurait dû.

Il se radoucit aussitôt devant la mine penaude du bambin.

« Ce n’est pas grave, Zuirq, je t’en achèterais d’autres. »

En attendant, il ne pouvait toujours pas descendre de son perchoir, les énormes boules continuant à rouler à travers la salle de commandes, heurtant parfois la console et tombant en pluie lithographique vers la surface de la Terre. Le TARDIS en était suffisamment proche pour qu’aucune d’entre elles ne subissent le sort des météorites et ne se consument dans l’atmosphère. Elles arriveraient donc intactes au sol, à part peut-être leur peinture.

« Je me demande où elles vont atterrir », songea le Docteur.

Puis il se souvint d’un des mystères qui occupaient les Humains depuis le milieu du XXe siècle : les sphères mégalithiques trouvées essentiellement au Costa Rica, mais aussi dans toute cette partie du continent américain.

Alors le Docteur fut secoué d’un grand éclat de rire. Se tenant les côtes, il balbutia entre deux hoquets :

« Ce sont les bibi… les bibi… les bi… billes de Zuirq ! »

Il se promit de ne jamais révéler aux Humains la provenance de ces étranges boules.

« De toute façon, ils ne me croiraient pas. »

FIN

À bientôt, pour un prochain Artisons

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